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Tchaïkovski par Mravinski-Leningrad

Que voulez-vous qu’un chroniqueur dise au sujet du triptyque symphonique final de Tchaïkovski par , cet enregistrement légendaire réalisé à Londres et à Vienne en 1960 par l’immense chef russe ? Comment commenter ces interprétations ? D’aucuns diront que c’était le chef idéal pour cette musique, et qu’il en a extrait sans aucune sentimentalité toutes les virtualités musicales et psychologiques comme pas un ; d’autres s’accorderont pour estimer ces exécutions glaciales, mécaniques et sans âme. Affaire de goût et de réception d’une vision que l’on reçoit de toute façon de plein fouet : écoutez l’attaque des cors et bassons, puis des trompettes et bois à l’unisson au début de la Symphonie n°4 – le « Fatum » implacable dans toute sa splendeur ! – puis laissez-vous emporter par le tempo d’enfer dans l’Allegro vivace du Finale de la Symphonie n°5 et convenez qu’il est bien difficile de faire mieux, ou tout simplement d’égaler… En tout cas, l’auteur de ces lignes est totalement acquis à ces versions, donc peut-être peu objectif et mal placé pour juger en toute sérénité : après avoir connu  Mravinski dans les Symphonies de Tchaïkovski, il est bien difficile d’écouter un autre chef ; il y a Mravinski, puis les autres…

Le hic, c’est qu’à cette époque, jusqu’au début des années 60, les trois premières Symphonies étaient pratiquement inconnues et peu enregistrées (une n°1 par Nikolaï Golovanov ; une n°2 « Petite Russienne » par Eugene Goossens, Dimitri Mitropoulos, Sergiu Celibidache, Sir Thomas Beecham, et même Igor Stravinsky ; une n°3 « Polonaise » par Albert Coates et Beecham encore – le tout par ailleurs en 78 tours/min – constituaient de notables exceptions). Il a fallu, pratiquement simultanément dans le courant des années 60, Lorin Maazel et les Wiener Philharmoniker (Decca), Igor Markevitch et le London Symphony (Philips), ainsi que Evgueny Svetlanov et l’Orchestre Symphonique d’État de l’URSS (Melodiya) pour nous faire découvrir l’intégrale des six Symphonies, augmentée d’ailleurs de la remarquable Symphonie « Manfred ». N’oublions pas non plus Antal Doráti et le London Symphony (Mercury) et, bien après, Herbert von Karajan et ses Berliner Philharmoniker, bien que tous deux n’aient pas enregistré Manfred ; Karajan n’a d’ailleurs jamais caché son admiration pour Mravinski et avouait sans honte s’être fort inspiré du grand chef russe dans ses propres interprétations.

Il y a quelque temps déjà, Deutsche Grammophon avait réédité – dans cette même série économique « The Originals » – un superbe double CD (447 423-2) reprenant les versions monophoniques captées en 1956 des trois dernières Symphonies de Tchaïkovsky, la n°4 par Kurt Sanderling, les n°5 et n°6 par , le tout avec le même orchestre, la Philharmonie de Leningrad, versions qui avaient depuis longtemps disparu du catalogue LP au profit de la nouvelle mouture, stéréophonique et cette fois entièrement dirigée par Mravinsky. Depuis sa parution en 1961, cette dernière version n’a jamais cessé d’être disponible en microsillon sous diverses formes, et le CD, dès son apparition, a vite fait de s’emparer de ces interprétations légendaires publiées en « full price » pendant bien des années. Réjouissons-nous d’enfin les retrouver, également en série économique « The Originals », pour le plus grand plaisir des mélomanes, notamment moins fortunés : pour beaucoup d’entre eux, dont ceux possédant déjà l’une ou l’autre intégrale des Symphonies de Tchaïkovski, et quelle que soit leur version de prédilection, cette nouvelle parution sera à coup sûr en place d’honneur dans leur discothèque.

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