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Un bon pétillant !

Dès l’ouverture, spirituelle à souhait, nous l’aurons compris : le héros de cette captation se nomme . Non pas le digne vieillard, figé tel la statue du Commandeur à la recherche d’un hédonisme orchestral qui reléguait le théâtre au second plan, mais ce jeune chef lyrique qui inspirait la Colline quatre ans plus tôt en dirigeant des Maîtres Chanteurs entrés dans la Légende. Bouillant et brillant, il trouve un équilibre quasi-miraculeux entre les différents niveaux de lecture de la partition, et nous offre ici un champagne du meilleur cépage, sans toutefois bénéficier de la finesse des bulles qu’aurait pu apporter la phalange viennoise, avec laquelle le Philharmonia, malgré ses qualités, ne saurait soutenir la comparaison dans un tel ouvrage pour d’évidentes raisons généalogiques.

Nous eussions aimé trouver une distribution vocale au même niveau. Las, il nous faut rapidement déchanter. semble égaré en Alfred : nous attendions un coq, nous n’avons qu’un chapon, plaintif alors qu’il aurait fallu n’être que fat. Nous espérons ne pas froisser les nombreux admirateurs du grand Nicolaï Gedda en affirmant que cet artiste, qui n’eut pas d’égal dans le répertoire de demi-caractère, n’a pas toujours excellé dans la légèreté (on en choisit pour preuve sa gravure de Je te veux insupportable de premier degré) ; ici encore, il semble empesé dans l’habit d’Eisenstein, même si le chant reste techniquement irréprochable. Nos oreilles se sont déshabituées à entendre un Orlofsky ténor, et même si Rudolf Christ joue l’ivresse avec bonhomie, ce choix qui prive le personnage de son ambiguïté nous frustre quelque peu. Quant à , elle se montre égale à elle-même : l’art de la cantatrice est incontestable et sa Czardas exemplaire, mais il lui manque ce grand chic viennois qui fait les plus grandes Rosalinde. Que l’on écoute seulement les deux interprétations d’Elisabeth Schumann proposées en appendice, leur parfaite alliance de classe et de décontraction, de panache et d’aisance, pour comprendre cette différence qui tient plus à l’esprit qu’aux moyens.

On se réjouira davantage en écoutant une Adèle pointue mais sans excès, avec un irremplaçable sourire dans la voix, et de délicieuses cocottes dans Mein Herr Marquis. Tout l’esprit de l’opérette viennoise reprend alors ses droits, comme avec un délectable Erich Kunz, parfait d’aisance et de subtilité. C’est cependant pour le chef, la vivacité de ses tempi et sa science du coloris orchestral, que nous reviendrons à cet enregistrement pétillant, enrichi par une demi-heure de passionnants boni mettant notamment en vedette et .

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