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Beethoven par Skrowaczewski, une cure de jouvence

Après une Symphonie n°9 assez décevante, on est heureux de retrouver , à mi-chemin de son intégrale Beethoven, aussi inspiré par les Symphonies n°1 et 4 qu’il le fut par les n°2 et 3 du premier volume. L’examen des dates d’enregistrement nous montre d’ailleurs que ce n’est pas une surprise, puisque les Symphonies n°1 et 2 ont été captées durant les mêmes sessions.

La manière n’a pas changé, voici un Beethoven rapide et énergique, bondissant et aéré, aux accents nets et coupants, aux accélérations saisissantes (la fin de la Symphonie n°4 est un ouragan), assez raide parfois (les deux Adagio introductifs), et à la sonorité un peu crue. Cette crudité sonore est la caractéristique d’un Orchestre de la Radio sarroise aux percussions explosives, aux vents qui cherchent le tranchant plus que la rondeur, et au quatuor discipliné, mais au son un peu métallique, et que les tempi échevelés du chef mettent à rude épreuve dans les mouvements rapides.

On écoute ces deux symphonies d’un trait, ravi par l’enthousiasme, la fougue et l’énergie jubilatoire d’un chef octogénaire (qui a dit que les vieux chefs ralentissaient le tempo ?) qui ferait passer nombre de ses jeunes confrères pour de pompeux vieillards. Un grand disque que celui-ci, réalisé dans le même esprit que celui d’Antonini chez le même éditeur pour la Symphonie n°1, mais Skrowaczewski est plus grisant et plus puissant, dirige un orchestre plus fourni, et témoigne d’un sens de la construction et d’un cantabile (le second mouvement !) que n’a pas son confrère italien. On peut également songer à l’intégrale un peu sèche de David Zinman (Arte Nova), mais en fin de compte, Skrowaczewski semble être le meilleur héritier dans Beethoven du pionnier René Leibowitz, aussi tonique, un peu plus souple, mais qui disposait d’un orchestre de moindre valeur.

A mi-parcours, avec deux grandes réussites sur trois parutions, cette intégrale semble en tout cas en bonne voie de figurer, avec celles en cours de Osma Vanska (Bis) et Thomas Dausgaard (Simax), parmi les meilleures versions modernes de ce monument toujours plus fascinant que constituent les symphonies de Beethoven.