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Renaud marche à l’ombre

On connaît le mythe des compositeurs de musique classique qui ne sont réellement découverts qu’après leur mort. C’est sans doute pour conjurer ce terrible sort que a arrêté de composer depuis quatre ans, et qu’il est déjà sous terre – bien vivant ! – à arpenter le Paris souterrain et à écrire sur le Paris disparu, sa chère rivière, la Bièvre, ses enceintes. A en juger par la parution de ce disque qui intervient alors que sa carrière de compositeur est à l’arrêt – il dit attendre un prochain « choc » – il pourrait bien avoir choisi la bonne approche.

Elève de maîtres aussi différents que Stockhausen, Jolivet, Messiaen, il dit lui-même ne pas avoir fait partie de l’avant-garde. Pourtant, on a bien l’impression que cette musique pour cordes sonne comme une musique de notre temps, dans ce qu’elle a d’aride et de concentré. Aride, quoique… c’est finalement une question d’habitude de l’oreille. Dès que l’écoute répétée a permis de faire oublier ce que l’on a pris initialement pour des tics de langage caractéristiques de la musique contemporaine, on garde au fond de soi l’image d’une musique sincère, poétique, sérieuse sans doute mais certainement pas ennuyeuse, et les interprètes s’emploient avec détermination à la rendre bien vivante.

Le Quatuor n°1 et Qamar ou le reflet d’une inconnue, deux pièces composées en relation avec le peintre Mahjoub Ben Bella, constituent probablement le bon commencement pour entrer dans l’univers du compositeur. L’illustration est d’ailleurs une toile du peintre incorporant une partition de , et on l’on retrouve l’essence de sa musique : calligraphique, serrée, fouillée – mais pas fouillis, et, par en dessous, colorée. Une publication courageuse qui honore la maison de disques Triton.

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