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I Pagliacci dominé par José Cura et Barbara Frittoli

Après la création en 1890 de Cavalleria Rusticana (l’opéra de Mascagni qui fît sa fortune), l’éditeur Edoardo Sonzogno sut reconnaître dans le livret que lui présentait Leoncavallo le parfum du succès.

Créé en 1892 à Milan, I Pagliacci est considéré aujourd’hui comme le manifeste vériste par excellence. Manifeste par son prologue exposant en détails le nouvel idéal esthétique du compositeur italien, l’opéra met en scène des personnages simplement humains, habités de sentiments authentiques. Ainsi Tonio parle-t-il au nom de Leoncavallo en annonçant d’entrée de jeu « l’auteur a cherché à vous dépeindre une tranche de vie »… L’œuvre montre également par son orchestration que son auteur était grandement sensibilisé à la forme musicale wagnérienne.

En 1999, le catalogue Decca s’est vu enrichi d’un enregistrement de l’œuvre qui nous occupe, signé Riccardo Chailly. Celui-ci propose une distribution de rêve dominée par un au mieux de sa forme et , dont nous pourrions couvrir une pleine page en qualifiant la beauté d’un timbre, une virtuosité naturelle ou encore un engagement dramatique tellement juste. Capté en la grande salle du Concertgebouw d’Amsterdam, cette version a bénéficié de l’assistance de toute la technologie existante pour approcher la perfection. Face à cette perfection quelque peu artificielle, car étrangère à la réalité d’une représentation en live, l’écoute de ce CD Decca se révèle enthousiasmante. Si nous sommes toujours en présence d’une captation de studio, ce disque se montre en effet plus « spontané ». L’orchestre romain, sous la direction de , se révèle très discipliné. Les cordes sont généreuses et les cuivres particulièrement incisifs. Les chœurs sont satisfaisants, mais trop souvent relégués à l’arrière-plan de l’image sonore, tandis que la maîtrise se révèle hélas trop brouillonne. La distribution traduit une belle homogénéité, avec un vaillant Tonio interprété par le baryton américain Robert Merill. Le rôle de Canio est chanté par James McCracken, ténor d’origine indienne ayant débuté sa carrière en Amérique, avant de gagner les plus prestigieuses scènes européennes notamment via le rôle d’Otello. Très engagé (trop ?) dramatiquement, son chant à parfois tendance à être aboyé, comme c’est le cas dans le « Ridi, Pagliacco » dont le caractère surjoué lui porte préjudice. Le timbre clair, limpide de vient heureusement adoucir les angles. Sa Nedda est lumineuse et portée par l’orchestre, elle confirme tout la souplesse d’une chanteuse qui a su s’approprier les plus grands répertoires : tantôt Mozart, tantôt Verdi ou encore Wagner. Ugo Benelli nous offre une Sérénade d’Arlequin quelque peu précipitée par la baguette de Gardelli, mais une fois rejoint par la soprano, le chef d’orchestre sait installer un rubato bienvenu et l’émotion s’installe.

La prise de son de ce disque se montre parfois arbitraire, privant ainsi l’auditeur de ces petits détails qui font toute la richesse de l’orchestration de Leoncavallo. Néanmoins, celle-ci reste tout à fait satisfaisante. En somme, ce disque aux qualités certaines pourra gagner sans aucun complexe l’étagère de tout amateur du répertoire vériste.

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