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Jeu de couleurs pour la femme sans ombre

Mettre au programme La Femme sans ombre de , c’est un énorme défi pour tout théâtre, surtout s’il ne s’agit pas d’une grande institution. Le conte de fée symboliste imaginé par Hugo von Hofmannsthal demande beaucoup de fantaisie de la part du metteur en scène, et les difficultés musicales prévues par Strauss comptent parmi les plus redoutables du répertoire lyrique. Il y a huit ans déjà, le Aalto-Musiktheater Essen a relevé ce défi. Le succès fût tel que la production a été reproposée à plusieurs reprises.

Cette fois encore, le spectacle a été ovationné par le public dès la fin du premier acte. Un succès entièrement mérité. En effet, ce n’est pas si souvent qu’une mise en scène soit tellement en phase avec l’interprétation musicale. Dans les deux cas, l’approche est marquée d’une grande sensibilité envers le monde de Strauss et Hofmannsthal. , à la fois metteur en scène et scénographe, a sagement renoncé à toute actualisation, misant en revanche sur le caractère féerique de la pièce. Sa mise en scène est basée sur les couleurs, sur un jeu raffiné de lumières et de projections, sur un mélange fascinant d’éléments surréalistes, expressionnistes et art déco ainsi que sur des allusions à la culture de l’Extrême-Orient. La direction d’acteurs, qui distingue nettement le monde de l’Empereur et celui des hommes, est agrémenté de quelques merveilleuses touches chorégraphiques. Un authentique plaisir !

Mettre en relief les nuances et les couleurs de l’orchestration si riche de , c’est également le but du directeur musical . Un peu trop analytique au tout début, sa lecture devient vite de plus en plus émotionnelle, culminant dans un troisième acte d’anthologie où l’Orchestre Philharmonique de Essen brille de tous ses feux, sans une seule fois couvrir les chanteurs. C’est une chose rare.

Crédit photographique : © Aalto-Musiktheater 2006