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Intégrale des Quatuors de Chostakovitch par les Razumovsky

La « vague Chostakovitch » qui déferle sur le monde musical en cette année anniversaire du centenaire de la mort du compositeur aura passablement enrichi la discographie avec notamment cette nouvelle intégrale des Quatuors à cordes par le – quatuor russe fondé en 2001 – après celle des Danel – sortie en 2005 – et du Quatuor Debussy (1998-2005). Rappelons que amorce la série de ses quinze Quatuors en 1938, deux ans après l’article humiliant paru à la une de la Pravda – « Un chaos, pas de la musique » – condamnant l’opéra Lady Macbeth de Mzensk et mettant Shostakovitch sous étroite surveillance, obligé désormais de « composer » avec le régime stalinien tout en restant fidèle à ses propres convictions. C’est ainsi qu’il faut considérer le corpus des quinze quatuors de Chostakovitch, traçant l’itinéraire d’une conscience en lutte, souffrant dans son être et dans sa chair jusqu’à son dernier souffle, celui du Quatuor n°15 (1974) portant les stigmates de la mort.

Se lancer dans une telle aventure nécessite de la part des interprètes une totale imprégnation de l’univers intérieur du compositeur pour donner un sens à ce parcours qui se lit comme un journal intime, comme un cheminement de vie dont Chostakovitch signifie, à travers sa musique, tous les détours, les hésitations, les creux et les nouveaux départs. C’est ce que nous font vivre, avec un total engagement, les membres du , trouvant dès les premiers pages – les quatuors sont enregistrés chronologiquement – la couleur shostakovienne, cette authenticité du message à travers lequel passent toutes les nuances du discours, de l’énergie la plus incisive à la déploration funèbre des six mouvements lents du dernier quatuor. Déployant ses couleurs chaleureuses et l’ampleur de sa sonorité dans les pages les plus symphoniques comme celles des numéros 5 et 8, le nous fait aussi partager ces instants d’introspection douloureuse où les instruments s’absentent pour laisser à nu de longs solos déclamatoires présents dès le Quatuor n°2, dans l’admirable « Recitativo et Romance » du deuxième mouvement. Avec cette maîtrise de la grande forme qui donne du sens à la ligne et assure une dramaturgie au sein de chaque numéro – surtout lorsque les mouvements s’enchaînent comme dans les Quatuors n°8, 11 ou 15 – le Quatuor Razumovsky captive l’écoute, séduit par la qualité de sa texture et le soin accordé aux détails, mettant son « instrument à seize cordes » au service de l’écriture et de sa vérité. : un parcours sans faute pour cette intégrale en cinq disques servis par une très belle prise de son.

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