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Alto à l’anglaise par Tatjana Masurenko

Les évolutions du marché du disque ne cessent de nous étonner. Alors que le disque de musique orchestrale ou concertante semble s’écouler avec difficulté, cet album édité par un label allemand nous propose une affiche très internationale pour servir des partitions pour alto et orchestre de compositeurs britanniques.

Le programme s’articule autour de deux « classiques » de la littérature soliste pour alto et orchestre du Royaume-Uni : le Concerto de Walton et le Lachrymae de Britten. Œuvre de jeunesse de son auteur, la pièce de Walton témoigne d’une grande maîtrise stylistique et formelle. On perçoit déjà les grands traits de l’esthétique du compositeur : facilité mélodique, orchestration puissante et verticale, haute élaboration des structures. Composé initialement pour alto et piano, le Lachrymae fut étendu ensuite à l’orchestre à cordes avec alto soliste. Inspirée par une chanson de John Dowland (If my complaints could passions move), cette partition chargée d’émotion et de drame, fait toujours une forte impression à chaque écoute. La découverte de ce programme réside dans le concerto pour alto de . Altiste émérite ayant occupé le poste d’alto principal des London Mozart Players puis du Scottish Chamber Orchestra, la musicienne connaît intimement toutes les possibilités expressives de son instrument. Composée en 1995, cette pièce en un mouvement est librement inspirée de la Bible. On oublie facilement le sujet un peu trop explicite de l’œuvre pour se concentrer sur une musique fort bien troussée et orchestrée avec talent et subtilité. On saluera particulièrement une utilisation très fine de la percussion et des timbales. Il s’agit d’un véritable concerto avec un dialogue permanent entre l’instrument soliste et l’orchestre.

L’interprétation est fort juste. Lauréate de nombreux prix internationaux, la jeune possède une précision technique alliée à une sonorité ronde et chaleureuse. L’orchestre radiophilharmonique de la NDR fait le maximum mais on le sent plus à l’aise dans la musique contemporaine que dans Walton où il ne possède pas la motorique nécessaire pour transcender cette œuvre. Visiblement à l’aube d’une belle carrière le chef sait se mouvoir dans d’aussi différentes esthétiques avec précision, lyrisme et pugnacité.

Une belle prise de son, très réaliste dans la restitution de la profondeur, est un argument supplémentaire pour ce disque peu évident mais hautement intéressant.