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Le Mozart Secret de Christopher Hogwood

Le clavicorde est un peu l’homme de Neandertal du piano : cousin d’ancienne lignée, un peu mystérieux car encore mal connu, sans doute pas moins raffiné, il disparaît pourtant peu après l’apparition de son successeur. Mais bien des compositeurs préféraient sa sonorité tendre et expressive à celle du nouveau venu, plus extraverti et brillant : Johann Sebastian Bach, son fiston Carl Philipp Emanuel, Schubart… Et c’est sur son clavicorde, cadeau de la famille Weber, que Mozart composait et jouait en privé. Un instrument toujours conservé dans sa maison natale et en parfait état, que fait revivre, avec deux autres clavicordes contemporains, dans un choix de pièces plus lyriques que virtuoses.

Et maintenant, asseyez-vous, écoutez la voix familière de Mozart, un chant tout de douceur, où l’émotion effleure à peine dans un jeu d’une sobriété et d’une sincérité totales. Un concert comme Mozart en donnait pour ses amis : aucune recherche d’effet – on n’épate pas ses amis – mais la confession d’une personnalité tendre et chaleureuse, où, derrière la naïveté apparente d’une joie presque enfantine, affleure une certaine nostalgie. Plus d’une heure durant la magie opère, nous pénétrons dans l’intimité du compositeur. Tendez la main, il vous semblera presque le toucher. Petites pièces mêlant humour et recueillement, où Mozart laisse tomber le masque du virtuose pour se livrer en toute confiance sous l’apparent dépouillement, et une sonate à quatre mains de plus amples proportions, pour le plaisir de partager ce moment musical.

Evidemment, il y a pléthore de récitals Mozart, et aucune des œuvres présentées ici n’appartient à ses chefs-d’œuvre les plus profonds. Tout Mozart n’est sans doute pas là, mais une part essentielle, celle qu’il réservait à ses intimes, loin du public. a parfaitement saisi toute l’ambiguïté de l’écriture de ces esquisses, qui rendent en quelques notes un flot de sentiments effleurés. Il ne force jamais la note – la fragilité de l’instrument ne le permettrait d’ailleurs pas -, ne se permet aucun effet, joue avec une droiture et une clarté qui vont droit au cœur. Ajoutons que la beauté des instruments, à la sonorité peu puissante mais extrêmement nuancée et douce, très différente de celles des pianofortes, devrait ravir même les plus allergiques aux instruments historiques.

Bref, vous l’aurez compris, un disque à part, ni virtuose ni brillant, mais très touchant et sans doute indispensable à tout mozartien impénitent.