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Besogne et coloris

possède une maîtrise de l’artisanat compositionnel proprement époustouflante. Même, l’écoute des œuvres du compositeur belge a de quoi laisser perplexe qui entreprendrait d’en élucider les ressorts. Cela dit, pour autant que les nuances sont presque trop homogènes pour que cela saute à l’oreille, l’orchestration est passionnante, dans l’introduction d’An die nacht notamment. Le phrasé peut y paraître flasque, mais les masses sonores n’en sont que plus voluptueuses et la flexibilité des articulations offrent un univers très sculpté, pour autant que la forme ne se donne pas pour saisissante en elle-même. Aussi, la voix de Laurence Delcampe se déploie délicatement. Imparable, elle sert un climat mystérieux, doux, si bien que mijotant, un hermétisme sans l’excitation.

Curieusement, la maturité formelle ne cesse de se confirmer, mais n’arrive pas à la simplicité que, littéralement, une écriture aussi soucieuse de volumes lisibles semble valoriser. L’œuvre au centre du disque, seule partition instrumentale de l’enregistrement, ne recule devant aucune résolution pour faire ses poly-rythmies nerveuses, sinon qu’elle se fait entendre beaucoup plus appliquée dans ses poly-rythmies que spécialement nerveuse. Cela dit, il n’y a pas à demander à une musique trop spirituelle de remuer les tripes. Fallait-il ne pas trop se prendre au jeu d’une ambiance qui, de toute façon, n’est pas à régaler toute la sinuosité que ses audaces de construction pouvaient sembler promettre.

L’écriture de pourrait être considérée trop sérieuse ou pas assez percutante, là où l’on viendrait à la comparer à ses héritiers, de Pousseur à Bœsmans, pourrait-elle souffrir du rapprochement et s’avérer plus scolaire qu’elle ne l’est peut-être.