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Frans Brüggen dirige l’Orchestre du XVIIIe Siècle

Festival des Cathédrales de Picardie

Ayant fait le choix du voyage pour fil conducteur de sa programmation cette année, le Festival des Cathédrales de Picardie a naturellement fait une place à Mozart, un des grands voyageurs de son temps. Pour le servir lors de ce concert de clôture, et son . Vingt-cinq ans après la constitution de l’ensemble, alors que tant d’orchestres baroques se sont créés depuis, le couple Brüggen- reste l’un des plus précieux et des plus sûrs du mouvement d’interprétation à l’ancienne, drainant un nombreux public à la Cathédrale de Senlis.

Le programme proposé est typiquement « de tournée », et on aurait aimé entendre quelques œuvres un peu plus aventureuses que cette suite un peu convenue de « tubes » mozartiens. Sur le thème du voyage, on aurait pu par exemple choisir des œuvres composées en Italie, ou durant le long périple de Mozart vers Paris en 1778. Au final, la seule œuvre de la soirée ayant un rapport avec ce thème est le motet Exultate jubilate, qui fut composé à Milan, mais qui n’est pas, loin s’en faut, une rareté.

Ces réserves exprimées sur le programme, ne boudons néanmoins pas notre plaisir, car si les œuvres jouées ne brillaient pas par leur originalité, leur exécution fut de toute beauté.

propose un Mozart lumineux et aéré, tout en souplesse, dont les maîtres mots sont équilibre, sagesse et pondération. Dirigeant un orchestre qu’il a façonné selon ses principes, et dont la moyenne d’âge est assez élevée, il en obtient des sonorités soyeuses aux couleurs automnales, qui ont la lumière des instruments anciens, mais pas leur amertume. Brüggen n’a plus l’âge (en a-t-il d’ailleurs jamais eu l’envie ?) de chercher à impressionner les auditoires par des coups de boutoir, des contrastes appuyés et des effets martelés. Il cherche plutôt à exposer les œuvres dans leur beauté première et dans toute la pureté de leurs lignes et de leur chant. Cette démarche assez ascétique nous fait passer un peu à côté des aspects théâtraux de la musique de Mozart, mais cette sérénité austère, cette réserve interprétative ont un effet apaisant et presque réparateur pour les oreilles.

Le concert débute par une petite surprise, puisque le Divertimento KV136 n’était pas annoncé dans le programme. Beaucoup d’auditeurs ont dû se demander où était passé le corniste ! Ils ne perdaient rien pour attendre, car apparaît ensuite Teunis van der Zwart pour le concerto pour cor n°3. Avec son cor naturel, le soliste en donne une version aussi musicienne que techniquement superlative. L’intonation est pure, les attaques sont franches, et les variations dynamiques très précises. La sonorité manque un peu de rondeur et de puissance, mais est joliment cuivrée, et parée de couleurs très variées. On enchaîne ensuite directement avec le célèbre motet Exultate Jubilate. en est une interprète valeureuse : sa voix a de l’ampleur et est bien projetée, la justesse est parfaite, et le timbre juste assez fruité. Elle phrase le mouvement lent avec beaucoup de classe, et les redoutables vocalises de l’Alleluia sont précises,

Le concert se termine avec une œuvre plus « substantielle », la symphonie n°40, dans une vision aérée, au dramatisme un peu distant, mais au chant simple et grave. Les textures sont légères, les solos instrumentaux admirablement mis en valeur, et l’énergie mise en œuvre par le chef et ses instrumentistes est toujours au service d’une parfaite lisibilité.

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