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Un garçon debout de Rachid Ouramdane : Variation chorégraphique pour un homme seul

Pour reprendre à Paris cette pièce créée en octobre dernier à Annecy pour l’auteur et metteur en scène de théâtre Pascal Rambert, a choisi l’espace difficile et exigeant de la Ménagerie de Verre. La salle, une ancienne imprimerie en béton au plafond très bas, est entièrement tapissée de plaques de carton fort, poudré de blanc.

Au sol, deux bosses créent une irrégularité dans cet espace plan. Derrière le public, le guitariste Alexandre Meyer joue des accords simples et mélancoliques aux accents américains. Le corps debout de Pascal Rambert se détache en silhouette sur l’aube que fait poindre, comme à son habitude, l’éclairagiste Yves Godin. La lumière qui surgit fait perdre à cette silhouette son irréalité. Lentement, ce corps frustre se déploie et s’étire, tandis que des détails de matière, dont la mise au point oscille du très net au très flou, sont projetés en arrière scène. Au fil du spectacle, doux et contemplatif, la guitare laisse progressivement la place à une partition sonore mystérieuse et elliptique, tandis que les natures mortes projetées sont remplacées par des détails du visage de Pascal Rambert.

La vidéo se fait plus narrative lorsque Lou Rambert-Preiss, habillé comme son père, y danse les yeux fermés, d’abord dans une bergerie puis sous un soleil aveuglant. Son père le remplace dans des paysages de neige, amorçant une réflexion sur l’image virtuelle, confrontée à la réalité des corps. L’homme sur l’écran prend en effet le pas sur celui qui est resté immobile au sol et qui devient son double sur scène. Face à ce portrait en creux d’un père, dont la forte présence compense la quasi-immobilité, on est séduit par la collaboration harmonieuse d’un interprète, d’un chorégraphe, d’un musicien, d’un vidéaste et d’un éclairagiste. Une équipe artistique équilibrée, pour un résultat étrange, hypnotique et plein de grâce.

Crédit photographique : © la Ménagerie de verre