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Un Sanz populaire

On sait tout ce que la guitare doit à l’Espagne et n’est pas le dernier à avoir fait évoluer l’instrument. Son Intrucción de mùsica para la guitarra española publiée en 1697 est la méthode de guitare à cinq chœurs la plus importante de la péninsule ibérique, autant dire une œuvre maîtresse. Il s’agit d’un recueil de pièces originales pour guitare comportant variations, modèles rythmiques et harmoniques et autres exercices. L’auteur a poussé l’exercice jusqu’à offrir aux lecteurs une préface où l’on trouve conseils pédagogiques tant pour l’interprétation que pour la tenue et la pratique de l’instrument. Il y a même quelques pièces permettant de s’exercer à la composition à partir d’un schéma rythmique et harmonique suggéré par l’auteur (cf la Tarantella).

En fait, cette Intrucción de mùsica para la guitarra española fut d’abord publiée en trois livres. Véritables guides pour les guitaristes en herbe de l’époque, ces livres furent très populaires au point de nécessiter vers 1697 une réédition les réunissant.

a fait résolument le choix d’une interprétation « populaire ». A l’opposé d’une lecture dite classique comme Hopkinson Smith (Astrée/Naive), il se rapproche plus de celle de Rolf Lislevand (Astrée/Naive) et ce grâce à des rasgueados et à une percussion de l’instrument très marqués mais aussi à son complice percussionniste Pedro Estavan. Toutefois, là où Lislevand a semblé rechercher une authenticité toute ibérique, Latorre et Estavan montrent une influence qui va bien au-delà, comme le dévoilent certaines pièces qui rappellent une orientation sud-américaine (cf Pavana al aire español). De même, l’esthétique relève parfois plus de la musique de village d’époque que de la musique de cour (cf Paradetas) même si Latorre et Estavan se montrent plus intimistes que Lislevand. Le regroupement choisi des pièces isole certaines d’entre elles qui relèvent plus d’une influence de musique de cour européenne. Il n’en demeure pas moins que le traitement que leur donne Sanz les classe très naturellement dans la musique espagnole.

On notera un contraste particulièrement marqué entre les pièces interprétées avec percussion et celles jouées guitare seule, qui rend ces dernières moins enjouées. Etrangement, donne le sentiment d’être plus « timide » lorsqu’il n’a pas son complice.

Malgré ce bémol et si l’on fait preuve d’ouverture quant à l’interprétation (mais n’était-ce pas la démarche de l’époque ?), ce disque nous fait passer un agréable moment plein de vie et d’allant, un sourire sur l’instant présent.

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