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Paul Badura-Skoda, Frank Braley

Les Pianos du Nouveau Siècle

Le piano était en fête ce week-end à Lille avec le troisième festival « Les Pianos du Nouveau Siècle », mis en place par l’. Tout le bâtiment était transformé en temple du piano, avec des concerts organisés dans le grand auditorium et dans plusieurs salles annexes, permettant à certains moments à quatre récitals de se dérouler simultanément. Les choix furent parfois cornéliens entre les différents concerts proposés, mais l’organisation était au point, et les « correspondances » étaient réglées avec soin pour permettre au public d’entendre un maximum de choses. ! L’affiche était riche, et présentait un beau panorama du piano actuel, avec quelques stars internationales, de nombreux pianistes confirmés et quelques jeunes lauréats de concours. En plus de ces concerts de professionnels, des pianistes amateurs et les étudiants des conservatoires de la région avaient également l’occasion de se faire entendre du public. Avec 51 concerts en trois jours, la programmation est extrêmement variée, mais met particulièrement en valeur les trois compositeurs fêtés cette année, Mozart, Schumann et Chostakovitch.

Pianiste et musicologue, spécialiste de la musique viennoise, est un mozartien historique, auteur d’une vaste discographie, dont deux intégrales des sonates de Mozart, l’une sur piano (Eurodisc), et l’autre sur pianoforte (rééditée chez Naïve), et de nombreux concertos mozartiens, la plupart dirigés du clavier (Transart, Naïve, Arcana). Parmi les documents plus anciens, on compte même ce Concerto n°22 avec rien moins que Furtwängler à la baguette.

Le Concerto n°22 de ce soir le trouve dans des dispositions assez difficiles : peu en doigts, il commet dans le premier mouvement de nombreuses fautes qui rompent trop souvent la ligne, et déploie un son éteint, avare de couleurs. Le constat est le même dans le Finale, dans lequel il est peu conquérant, et trébuche à plusieurs reprises, malgré un jeu très prudent. Heureusement, le mouvement lent sollicite moins les doigts que l’imagination et les qualités poétiques du soliste. Badura-Skoda le joue avec une gravité simple et éloquente, de manière très articulée, dialoguant très finement avec les instruments à vents. Le chant fragile et émouvant de cet Andante valait bien d’être entendu, et rattrape l’impression peu enthousiasmante laissée par les deux autres mouvements.

On change de pianiste et de répertoire en seconde partie avec l’arrivée de pour le Concerto de Grieg. Vainqueur du concours Reine-Elisabeth en 1991 grâce à un Concerto n°4 de Beethoven inoubliable, Braley est sûrement l’un des plus beaux musiciens que le célèbre concours ait couronné. Depuis cette victoire qu’il n’espérait pas, il mène une carrière qui est un modèle d’équilibre et d’intelligence, privilégiant les projets originaux, et les rencontres chambristes à la carrière de virtuose. Il donne un Concerto de Grieg puissant et poétique, rêveur et nuancé, aux phrasés variés, mais d’une conception très rigoureuse, sans débordement ni esbroufe, et se marie très bien à la direction fluide et lyrique de Jean Claude Casadesus.

Au cours de ce programme, l’ONL se montre dynamique et précis, ses vents recevant dans ces deux concertos de belles occasions de se distinguer. A l’aise dans Grieg, est moins inspiré dans Mozart : l’accompagnement est assez ronflant et pas très subtil, et il aurait été judicieux de réduire quelque peu l’effectif des cordes.

Crédit photographique : © Alvaro Yanez