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L’inspiration inégale de Jongen et de Lonque

et le label Phaedra poursuivent leur exploration de la musique belge avec un CD dédié aux œuvres pour piano de et Georges Lonque, compatriote de moindre renommée. L’association de ces deux compositeurs sur un même enregistrement montre pourtant que le second n’a rien à envier au premier. Mêmes ambiances poétiques, mêmes couleurs chatoyantes, mêmes harmonies riches sans être pour autant très audacieuses. Comment ne pas penser à Debussy, Ravel, Fauré ? Nous voilà plongés dans l’univers de la musique pour piano française du début du XXe siècle. A ceci près qu’il s’agit d’œuvres belges, et que celles de Lonque sont plus tardives … sans doute est-ce une des raisons de l’oubli relatif dans lequel il est tombé.

Rien de bien novateur, en somme, mais tant mieux : on apprécie une musique non pas pour son degré de performance technique mais pour l’âme qui l’habite et les sensations qu’elle crée en nous. Si les sensations créées par cet enregistrement n’ont rien d’inoubliable, elles n’en demeurent pas moins très agréables. Voici de la très belle musique, de celle que l’on a envie d’entendre et de réentendre. Finesse, délicatesse, fluidité, énergie, légèreté, chaleur … un concentré de sensations pianistiques admirablement servies par .

Composée en 1918, la Suite pour piano en forme de sonate op. 60 de est une œuvre qui joue avec la notion de forme : si le nombre de mouvements et leur alternance respectent le modèle de la sonate, le terme de suite induit une relative liberté au sein de cette forme. Ainsi le premier mouvement s’intitule-t-il Sonatine, ce qui laisse supposer une possible autonomie à cette pièce, le deuxième mouvement au titre évocateur (La neige sur la fagne) fait penser aux Préludes de Debussy, l’intermède du Menuet n’est pas un trio mais une valse … Si ces petites libertés peuvent sembler anecdotiques, elles sont pourtant le reflet de l’œuvre, dans laquelle les ambiances et effets pianistiques en vogue en ce début de siècle se succèdent. Jongen jongle entre les vagues de sonorités impressionnistes et l’humour voire l’ironie propres à certaines œuvres de Ravel… ou de Satie.

Paradoxalement, la Sonatine op. 88, composée onze ans plus tard, semble plus impersonnelle, plus conventionnelle. Certes, les fines mélodies qui semblent planer et l’énergie légère qui entraîne sont toujours présentes, mais l’œuvre semble parfois manquer de profondeur, ou, peut-être, de vie … qu’importe, cela reste un joli petit objet, agréable à écouter … et certainement à jouer.

Les œuvres de Georges Lonque présentes dans cet enregistrement ont été composées entre 1929 et 1955. La première de ces œuvres, Tableaux d’une chambre bleue op. 43 (1952), semble au premier abord issue du même univers onirique. Cette impression n’est ce pendant que de courte durée : ces miniatures égrènent des ambiances délibérément très différentes les unes des autres, et, en l’espace de quelques instants, on passe d’une mélodie cristalline à un thème martelé proche de certaines miniatures de Prokofiev. Le troisième mouvement évoque les plus simples barcarolles des romantiques tandis que le dernier nous conduit dans un univers très ravelien. De par sa diversité de styles, cette œuvre est un petit joyau … pédagogique, ce qui n’ôte rien au plaisir de l’écoute, ni certainement des doigts.

Les pièces suivantes sont délibérément post-romantiques. Signalons particulièrement la Danse mauresque op. 29 (1942) pour ses dissonances alternant avec des traits de virtuosité, d’où émane une atmosphère à la fois sombre, énergique et poétique … voilà une grande page de musique pour piano.