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La Betulia Liberata sauvée par Nikolaus Harnoncourt

Le passage à Paris de dirigeant le est un événement toujours très attendu par le public qui se pressait nombreux ce mardi 30 janvier aux portes de Pleyel dans cette grande salle de près de 2000 places qui affichait complet. L’œuvre au programme, très rarement donnée, était une raison supplémentaire pour ne pas manquer ce rendez-vous prestigieux convoquant, à la tête d’une des plus belles phalanges jouant sur instruments d’époque, celui qui, depuis plus de cinquante ans, avec une honnêteté et une rigueur musicologiques émérites, s’est penché sur la relecture de la musique ancienne avant d’élargir ses investigations à l’époque classique et romantique.

Mozart a quinze ans lorsqu’il écrit son premier oratorio La Betulia Liberata sur un livret du grand Métastase, le poète officiel de la cour impériale de Vienne. L’histoire raconte comment la cité de Béthulie, assiégée par les Ammonites et leur chef Holopherne fut libérée par Judith qui enivre puis décapite pendant son sommeil le tyran sanguinaire, apportant pour preuve la tête coupée à ses concitoyens. Cette « Action sacrée » en deux parties, ainsi intitulée par Mozart – qui ne trouva sans doute jamais l’occasion de la faire jouer – suit le modèle de l’opera seria « à numéros » alternant de façon systématique récitatifs et airs dans une vocalité italienne très « fleurie » qu’il semble avoir totalement assimilée.

Les six solistes qui se relaient sur la scène pour tâcher de donner un peu de vie à cette action assument tous avec beaucoup d’aisance l’ornementation à l’italienne qui, dès le début, met en valeur la belle voix de ténor de dans l’air de bravoure d’Ozias. La voix ample et superbement timbrée de donne du relief au personnage de Giuditta dont la présence et l’épaisseur dramatique sont étonnantes. Le récitatif accompagné que Mozart lui confie dans la deuxième partie est un des moments les plus intenses de la soirée. Remarquable également, la voix de basse, chaude et généreuse, de dans le rôle d’Achior, chantant dans la première partie une vibrante « aria di furore »

On regrette de ne pas entendre davantage l’excellent chœur Arnold Schœnberg qui contribue cependant à donner à la longue conclusion de l’ouvrage un véritable souffle dramatique.

Il y a certes des longueurs dans cette enfilade d’airs – que Mozart parvient d’ailleurs à diversifier – mais il suffit de tendre l’oreille à la réalisation du « continuo » dans les récitatifs qui sont une pure merveille et à tous ces détails de l’orchestration si finement adaptée par Harnoncourt pour chasser l’ennui et satisfaire son plaisir de l’écoute dans la pleine jouissance d’une interprétation portée à son plus haut niveau d’exigence.

Crédit photographique : © DR