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Les vents français dans toute leur gloire et leur splendeur

Les hasards de la distribution font que nous avons reçu cette production Alpha « Pêcheurs de perles » entièrement consacrée à Mozart après celle plus récente réhabilitant Philippe Gaubert. Cette réception tardive transforme ce disque en un hommage a posteriori au hautboïste Pierre Pierlot malheureusement décédé à Paris le mardi 9 janvier 2007 à l’âge de 85 ans. Le CD le montre particulièrement bien représenté, puisqu’on le retrouve non seulement dans le Quintette KV 452, mais aussi dans les deux merveilleuses œuvres concertantes où brille son instrument. Et qui mieux que Philippe Pierlot, son fils, Première flûte solo de l’Orchestre National de France, peut mieux en définir l’art, ainsi que celui des autres musiciens de ce CD, dans la splendide plaquette qui l’accompagne : « … la simplicité avec laquelle ils servent la musique, loin de toute surenchère stérile, donne une impression indéfinissable de félicité et d’harmonie. Je suis bien sûr particulièrement sensible au jeu de mon père, jeune virtuose d’à peine 30 ans, qui montre déjà toute l’étendue de son art, grâce notamment à un phrasé naturel et une sonorité aérienne au vibrato d’une rare élégance. La musique de Mozart paraît si évidente lorsqu’elle est jouée avec autant d’aisance ! »

Dans ce même texte, Christiane Quattrocchi-Oubradous nous parle avec amour de son père, (1903-1986), admirable mozartien, remarquable bassoniste et chef d’orchestre, et conclut en disant : « Je voudrais ouvrir une parenthèse … sur la spécificité tout à fait particulière inhérente aux bois français, et plus particulièrement du basson – qui malheureusement tend à disparaître, en opposition au fagott allemand – alors qu’elle est notre « emblème » au plan international. Réécoutez le détaché dans le Concerto pour basson enregistré en 1936 et cette technique parfaite alors qu’à l’époque il était impossible de faire une seule correction lors de l’enregistrement ! On ne peut faire abstraction de cette sonorité colorée et brillante, délicate et riche selon la tessiture : il faut sauvegarder ce velouté, cette richesse de couleurs, cette sonorité variée, chaude, ronde, mœlleuse, spécifique du basson français… » Cette dernière remarque s’applique bien évidemment à tous les vents français qui ont porté leur gloire au début du XXe siècle non seulement en Amérique où ils ont fait des émules et brillé dans les plus grands orchestres, Boston, Philadelphie et New York en tête, mais également en Russie où leur influence fut manifeste. Tous les interprètes présents sur ce disque réenregistreront ce répertoire par après – et parfois à plusieurs reprises – mais il est intéressant de les entendre dans leur prime jeunesse qui offre ce charme si particulier de la découverte et de la spontanéité, même si l’un ou l’autre canard, notamment au cor, tempère quelque peu notre enthousiasme.

Bien sûr ce disque est essentiellement consacré aux vents français, mais il est étonnant que la plaquette ne souffle mot de la grande cantatrice française d’origine allemande (1913-2001) qui interprète ici trois airs de Mozart, dont un en français. Si le chant de cette grande dame peu paraître un peu daté par rapport au jeu des instrumentistes, il convient de se rappeler que la petite-fille du célèbre violoniste Joseph Joachim défendit ardemment – et notamment au disque – les mélodies du Groupe des Six et contemporains ; enfin nul ne contestera l’importance de cette immense réalisation phonographique que fut – et reste – le Pelléas et Mélisande de Roger Désormière où elle incarnait idéalement Mélisande aux côtés du Pelléas de rêve de Jacques Jansen (EMI).