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Micrologus : « Voyci le verd et beau may » version italienne alla frottola

Dans cette période quelque peu incertaine, quant aux dates, entre Moyen-âge tardif et Renaissance en fondu-enchaîné, la musique italienne considérablement soumise à l’influence franco-flamande fait cependant de la résistance dans ses formes populaires et courtoises, sous le double aspect de la chanson et de la danse. Avant que ne s’impose le madrigal (fin XVIe siècle), c’est, par exemple, dans les cours lombardes, la frottola qui connaît une grande vogue. D’une écriture homophone, harmonisée le plus souvent à trois ou quatre voix, avec accompagnement instrumental, elle est de caractère léger, voire parodique et n’engendre pas la mélancolie. Subsistent également d’autres formes voisines, encore moins élaborées (à deux voix ou simples monodies accompagnées) et parallèlement, les musique à danser (strictement instrumentales ou mêlant voix et instruments) constituent un facteur non négligeable de la Renaissance musicale italienne. D’autant que des personnalités comme Domenico da Piacenza et Guglielmo Ebreo da Pesaro, bien représentées ici, comptent parmi les « maîtres à danser » et compositeurs du genre les plus importants de l’époque.

Le groupe , spécialisé dans les musiques médiévales et pré baroques, et dont on a déjà pu apprécier quelques fort belles réalisations discographiques chez Opus 111 et Zig-Zag Territoires, effectue ici un passage sous le label ORF, émanation de la radio autrichienne (Osterreichicher Rundfunk), avec le concours du musée Liechtenstein de Vienne. Il nous propose donc ce concert-récital enregistré en public (dans une bonne prise de son) ; mais on ne sait malheureusement ni où ni quand ; de même qu’on ne sait rien du portrait (appartenant aux collections princières du musée) choisi pour illustrer cet album.

La notice – brève – sous la plume d’Adolfo Grœbb, fondateur du groupe et prématurément disparu en 2006 à l’âge de 45 ans, ne nous apprend rien…en français ; et les textes, italiens d’origine, ne sont traduits qu’en allemand et anglais.

Cela dit, cet enregistrement mérite grandement l’écoute. Avec le luth d’Adolfo (l’album lui est dédié), avec aussi – et surtout – la rayonnante présence vocale (et harpe) de , cofondatrice de l’ensemble, et des musiciens et chanteurs talentueusement impliqués, les sont de bout en bout passionnants dans ce répertoire hautement roboratif : l’instrumentarium (judicieusement varié) et les voix nous entraînent impérieusement dans cette grand’allegreza d’un mai fol et gai. Coup de cœur tout particulier pour les deux « tubes » d’Ebreo da Pesaro : Amoroso et La vida de Culin, ainsi que pour le splendide El Grillo de Josquin, commencé dans le raffinement d’une polyphonie vocale a cappella superbe de musicalité avant un tutti d’irrésistible entrain dont les percussions donnent le départ.

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