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Concerto de Schumann par Martha Argerich, quand l’image neutralise le son…

Le concerto pour piano de Schumann par , voilà une affiche plus qu’alléchante pour les amoureux de la musique romantique pour piano. Qui plus est si celle-ci est en compagnie de dirigeant le Gewandhausorchester de Leipzig. Qui plus est en version filmée : voilà, se dit-on, une occasion immanquable de voir la grande pianiste donner le meilleur d’elle-même dans une œuvre du grand répertoire !

Effectivement, l’interprétation est à la hauteur de ce que l’on était en droit d’attendre : finesse et fougue, densité et légèreté, complicité entre le piano et l’orchestre, tout y est. Et pourtant, ce DVD ne procure pas l’enthousiasme auquel on s’était préparé.

Peut-être cela vient-il du choix du programme ? Certes, toutes les œuvres interprétées sont magnifiques et font partie de ces grandes pièces romantiques qui explorent toutes les possibilités expressives et toute la fougue sonore de l’orchestre symphonique ou du piano. Certes, chaque interprétation est irréprochable. Peut-être même trop parfaite, au point, parfois, de manquer d’humanité. Mais pourquoi donc ce choix d’extraits de grandes œuvres, pourquoi ce choix d’orchestrations par d’autres ? Même si Tchaïkovski ou Ravel sont de grands orchestrateurs, cette programmation donne l’impression d’une trop grande recherche d’effet immédiat auprès d’un grand public qui serait défini par avance comme peu connaisseur. Cette vision des choses est très certainement exagérée et éloignée de la véritable volonté des programmateurs, mais il est tout de même surprenant qu’un concert visiblement consacré à la musique pour piano et à la musique pour orchestre de Schumann ait besoin de faire appel à ces extraits d’œuvre…

Cependant n’oublions pas l’essentiel : tout cela est magnifiquement écrit et interprété avec une grande finesse et une mise en valeur de chaque petite ligne, de chaque détail qui rend le tout savoureux. Le tout filmé de façon très intelligente, mettant tour à tour en valeur les instruments qui jouent de petits contre-chants ou la complicité entre Argerich et Chailly. Et pourtant, là encore, on ne peut s’empêcher d’émettre une petite réserve. Certes, l’image nous montre les différents aspects du concert. Certes, on pourrait avoir l’impression d’y être. Mais on n’y est pas, et il manque cette dimension magique d’une salle qui écoute et vibre ensemble, il manque la sensation physique du son qui se propage dans cette salle. Evidemment, me direz-vous puisque ce n’est qu’une version filmée. Bien sûr, mais alors, puisqu’un film ne peut pas remplacer le concert en lui-même, pourquoi ne pas prendre le parti de donner également un rôle artistique à la caméra et au montage ? De remplacer ce que l’on perd en n’étant pas présent dans la salle par une dimension artistique nouvelle, supplémentaire ? Bien sûr, la plupart des concerts filmés le sont de la même manière. Mais finalement cette image qui hypnotise parasite le bonheur auditif au lieu de l’augmenter. Ce concert devait être un moment magique pour ceux qui y ont assisté, il aurait sûrement également fait un très beau CD.

Mais, au bout du compte, ce DVD pose la question de l’intérêt musical et artistique des concerts filmés dans l’optique d’un compte-rendu fidèle …qui en devient peut-être trop neutre.