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Honorable Ohana

Portes ouvertes de Radio-France

« Ohana » en japonais signifie « honorable fleur ». , compositeur insaisissable, aimait à parsemer son œuvre de ce genre de signatures discrètes, jusqu’à son testament musical, Avohaha. Pour cette soirée qui lui était consacrée à Radio-France, la direction musicale général a été confiée à qui depuis près de vingt ans défend inlassablement les partitions de ce compositeur.

Les Trois contes de l’Honorable fleur font partie de ces expériences de théâtre musical des années 60, significatives de la difficulté de renouvellement que connaissait l’art lyrique à ce moment. Œuvre onirique ou les onomatopées prolongées par les instruments tiennent lieu de texte, ces Trois contes font une entrée progressive dans le monde d’Ohana. est l’interprète idéale de ce genre de répertoire, jouant de sa voix sur les divers effets désirés (tiers de tons, cris, souffle, …. ), avec une intelligibilité exemplaire du texte d’ – quand celui-ci n’est pas remplacé par un langage oriental imaginaire. Les instrumentistes semblent avoir du mal à pénétrer cet imaginaire avec un premier conte (Ogre mangeant des femmes sous la lune) assez neutre et peu habité. La magie s’opère peu à peu, les percussions se faisant de plus en plus envoûtantes, le hautbois devenant de plus en plus hichiriki (instrument japonais à anche double). L’utilisation des instruments se fait volontairement non-conventionnelle, avec sons multiphoniques aux vents, effets percussifs au piano et au violoncelle, et l’utilisation généralisée de la microtonalité en liaison avec l’emploi de deux cithares accordées en tiers de ton. réussit à homogénéiser une partition longue, qui sans « feu intérieur » peut générer l’ennui.

Habitués pourtant à la musique contemporaine, les jeunes choristes de Radio-France sous la direction peu précise de éprouvent quelques difficultés de mise en place et tardent à trouver leurs repères dans les passages en écriture aléatoire des Quatre chœurs pour voix d’enfants a capella.

Le point fort de la soirée est sans doute la réunion sur l’initiative de l’ARIAM-Ile-de-France de près de 200 choristes amateurs, encadrés par les forces de la Maison ronde et l’ensemble dans le diptyque Lux noctis – Dies solis. Nous nous retrouvons près de trente ans en arrière, quand ce genre de « happening choral » était courant en ces lieux sous l’impulsion du regretté . Lux noctis – Dies solis, deux œuvres à l’origine indépendantes devenues intimement liées, prévues pour des amateurs encadrés de professionnels sont un véritable laboratoire de l’écriture chorale. De l’unisson à la polyphonie la plus complexe, du mesuré à l’aléatoire, du chant au cri, tout y passe. Malgré la grisaille sonore engendrée par une telle masse de voix non travaillées le résultat est à la hauteur des attentes dans cette sorte de célébration panthéiste de la musique. Il est regrettable que ce genre d’évènement soit unique.

Crédit photographique : © Guy Vivien