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Quatuor Pavel Haas : tchèque et mat

« Avant, je ne composais que sur des souvenirs, cette pièce, Lettres intimes, a été composée dans le feu. Les pièces antérieures, seulement dans la cendre chaude. » Le lendemain de l’achèvement de la partition de son second quatuor, renonçait au titre Lettres d’amour auquel il avait songé initialement : « Je ne livre pas mes sentiments en pâture aux sots ». Après les répétitions avec le Quatuor Morave, il s’exclamait : « Ah, c’est une œuvre qu’on dirait taillée dans la chair vive. Je crois que je n’en écrirai pas de plus profonde et de plus vraie. » Janáček avait 74 ans, sa muse Kamila Stösslová en avait 38 de moins, il allait mourir quelques mois plus tard. Pour son premier disque, le jeune Quatuor – il joue dans sa configuration actuelle depuis 2004 – se mesure à une véritable icône de la musique de chambre.

Le complément, le deuxième quatuor de (1899-1944) est un choix audacieux en ce qu’il ouvre sur un répertoire mal connu, naturel en ce qu’il a prêté son nom au Quatuor, et très heureux en ce que Haas, qui fut l’élève de Janáček, préserve toute la vigueur rythmique et les couleurs de son maître, avec sa propre personnalité. Le titre du Quatuor n°2 « Des montagnes aux singes » est une référence au lieu de villégiature des habitants de Brno, et ses mouvements ne manquent ni d’humour (le deuxième mouvement, « Le coche, le cocher et le cheval ») ni de rêverie méditative (La lune et moi) ni d’une joyeuse vivacité (Nuit sauvage). En cela, l’œuvre écrite par Haas à 26 ans ne doit pas être vue par le prisme du destin tragique du compositeur qui tenta vainement de fuir la Tchécoslovaquie occupée par les nazis et fut déporté à Terezin en 1941 puis à Auschwitz où il mourut en 1944. L’illustration de la pochette où les musiciens s’affichent en noir sur un fond de béton gris évoquerait plutôt le mur de Berlin ou la cour d’une prison, mais là-aussi la froideur de l’image ne rend pas justice à la flamme de Janáček, à la liberté et à la tonicité rythmique de Haas.

Le excelle à restituer l’inventivité rythmique des deux quatuors, en reléguant le pittoresque ou le pastoral au rang des accessoires. Cette option interprétative qui surprend au premier abord par son caractère emporté voire brusque, est cohérente et résiste parfaitement à une multiplicité d’écoutes. Ceux qui chérissent Supraphon pour les trésors légués dans les années 50 et 60 par Talich, Ančerl ou le Quatuor Janáček, se réjouiront de voir que le label mythique a eu ici la main heureuse en signant un contrat exclusif avec une nouvelle formation très prometteuse. On attend les prochaines livraisons du avec beaucoup d’intérêt.