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Thierry Beauvert : durant les travaux, la Maison Ronde continue ses diffusions

Sollicité par notre rédaction, a bien voulu répondre aux quelques questions de ResMusica concernant les futures saisons de Radio-France et le futur de France-Musique pendant les travaux de la Maison de la Radio prévus pour ces prochaines années.

« Les deux saisons prochaines seront celles de la transition pour préparer notre « exil » momentané.  »

ResMusica : La saison prochaine des concerts de Radio-France prévoit des manifestations salle Olivier-Messiaen. Les travaux ne devraient-ils pas fermer l’auditorium ?

 : Pour des raisons techniques les travaux ne commenceront pour l’auditorium qu’en 2009. Nous gardons le studio 104 pour les répétitions et les concerts scolaires ou familiaux. Les deux saisons prochaines seront celles de la transition pour préparer notre « exil » momentané. En attendant, l’installation électrique de la salle Olivier-Messiaen sera complètement refaite. Pour amorcer notre délocalisation, nous avons instauré des séries de concerts de musique de chambre au Petit Palais et à l’Auditorium du Musée d’Orsay, dans notre série de concerts gratuits.

RM : Quelle sera la politique de Radio-France en matière de musique contemporaine avec la nouvelle redéfinition du Festival « Présences » ?

TB : Comme vous avez pu le constater sur notre brochure, Présences sera délocalisé en quatre week-ends en province et à la Cité de la Musique, le temps que la Maison de la Radio fasse peau neuve. Si l’expérience est probante – en tous cas la demande en province de ce genre d’évènements est forte – nous garderons cette formule et remettrons en place un « pôle » parisien du Festival. Toutefois la mise en valeur de la vie musicale de l’Hexagone est une mission de service public que nous devons assumer.

RM : Mais la présence de ces « moments contemporains gratuits » ne risque-t-elle pas de se faire au détriment de la musique contemporaine dans les concerts d’abonnement ?

TB : Présence permet des choix déterminés. Pour la saison 2007/2008, ne serait-ce qu’avec l’Orchestre National de France et en se limitant à la lettre D nous aurons des créations et reprises de Richard Dubugnon ou Henri Dutilleux. En cela nous équilibrons l’offre et la demande entre le payant et le gratuit. Nous restons le premier commanditaire d’œuvres en première mondiale.

RM : Justement ces concerts gratuits finalement sont maintenus, alors que dans un premier temps vous désiriez les supprimer, au nom d’une « inégalité des chances » entre service public et producteurs privés. Pourquoi ce revirement ?

TB : Les concerts gratuits ne vont concerner que des productions originales, inédites, que seule Radio-France peut se permettre de faire. La destination première de ces concerts est l’antenne.

RM : A propos des travaux une autre décision a fait beaucoup parler d’elle : la vente des orgues de Radio-France. Depuis peu vous avez annoncé l’achat d’un futur instrument pour le nouvel auditorium. Là aussi comment expliquez-vous ce changement de décision ?

TB : l’allongement de la durée des travaux nous a permis de trouver un plan de financement pour la construction d’un nouvel orgue. Le Danion-Gonzalès ne correspondait pas à la demande des concerts, à de rares exceptions près, car trop marqué par son esthétique néo-classique des années 60. En 10 ans il n’a servi que cinq fois. Le futur instrument sera un orgue symphonique, dans la lignée des Cavaillé-Coll, pour tout le répertoire depuis le XIXe siècle. Il sera dévolu essentiellement aux récitals.

RM : Qu’en est-il de la nouvelle maîtrise de Radio-France ?

TB : Elle est sortie de terre en même temps que l’école Olympe-de-Gouges, à Bondy. Je tenais à ce que ce soit dans un coin dit « de banlieue difficile ». La première classe de CE1 à horaires aménagés commencera à la rentrée 2007, l’équipe pédagogique est déjà sur place, et les lieux ont été conçus avec les pouvoirs publics pour un enseignement musical spécifique. Beaucoup d’élèves de la Maîtrise, actuellement au lycée Jean-de-la-Fontaine (Paris XVI), viennent de Seine-Saint-Denis. L’enseignement sera exactement le même, et les deux pôles de la Maîtrise seront réunis pour les productions. Cela impliquera à terme un doublement de l’équipe enseignante et pourquoi pas une prolongation dans le secondaire, toujours à Bondy. Mais ce dernier point n’est pas encore à l’ordre du jour, nous avons le temps de le voir venir.

RM : Causons un peu de France-Musique, dont la grille a considérablement changé cette saison. Beaucoup de nouveaux noms figurent parmi les producteurs, avec des profils parfois très originaux. Existe-t-il ou plutôt n’existe-t-il surtout pas de profil type ?

TB : Surtout pas ! J’ai voulu surtout des musiciens (Jérôme Pernoo, Philippe Cassard, Juliette, …), ainsi que des personnalités « périphériques », porteuses d’idées nouvelles, qui ne sont pas journalistes, tels Alexandre et Benoît Drawitcki. Des producteurs associés depuis longtemps sont à la base de nouvelles idées. Par exemple Martine Kauffmann, sur une émission qui met en relation peinture et musique, ou Marc Dumont, qui restitue certaines œuvres musicales dans leur contexte historique. L’émission « le Bonheur des gammes » permet de faire venir nombre de producteurs occasionnels.

RM : Quelles nouveautés pour la future grille ?

TB : Il faut resserrer un peu l’offre, car finalement nous sommes trop riches dans la présentation. Certains sujets, horaires et formats sont à revoir.

RM : Peut-être pour se repositionner face à un concurrent dont les moyens en communication sont considérables ?

TB : Une radio qui tourne au mieux avec 4 000 titres sur l’année n’est pas vraiment un concurrent face à la richesse de notre offre.

RM : Musique et peinture, musique et histoire. Et pourquoi pas musique et littérature ?

TB : Laissons ceci à France-Culture, c’est plus son domaine que le nôtre. La littérature déclenche la parole, ce que nous ne voulons pas. Ce reproche a suffisamment été adressé à France-Musique.

RM : Sur la grille de cette saison la disparition du « Pavé dans la mare » de Frédéric Lodéon a fait couler beaucoup d’encre. De plus l’industrie du disque n’est pas dans sa meilleure phase. Quel est l’avenir des chroniques de ce support à France-Musique ?

TB : La fin d’une émission de tribune du disque allait de soi. Regardez les choix des dernières émission de Frédéric Lodéon : peu de sorties récentes, beaucoup de rééditions, et pas mal d’introuvables. Le temps n’est plus aux empoignades et prises de positions comme à l’époque d’Armand Panigel, Bernard Gavoty, etc. Nous devons être plus dans l’évènement et moins dans le comparatif. C’était aussi un souhait de Frédéric Lodéon de changer d’émission pour se recentrer sur « Plaisirs d’amour », quelque chose de plus intime sur le sentiment partagé de la passion pour la musique. Quant à la crise du disque, je me demande où elle est. Il y a toujours autant de parutions, en classique du moins, et des labels indépendants se créent régulièrement. L’actualité du disque est relayée par l’émission « Par ici les sorties » d’Arnaud Merlin, deux heures quotidiennes de 17h à 19h, et relayée le matin par « Deux sets à neuf » de Lionel Esparza.

RM : Toujours à propos de musique enregistrée et en guise de conclusion, où en est-on de l’offre de téléchargement de Radio-France ?

TB : Une offre en streaming sera mise en route courant avril ; c’est donc de l’écoute à la demande, concernant les prises de concerts de Radio-France. Nous avons été approchés par Decca pour mettre en place une plateforme de téléchargement, mais le projet n’est pas finalisé. L’INA travaille sur la mise à disposition sur le même format de nos archives. Mais avant de mettre en place tout cela il faut se sortir de l’imbroglio des droits d’auteurs et des droits voisins, la partie la plus difficile de ce travail. Techniquement nous avons à Radio-France tout l’équipement nécessaire.

Crédits photographiques : © D.R.