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Schizophrenia mozartiana par Stefan Vladar

On retire une étrange impression à la première écoute de ce disque, mélange inconfortable de stress et d’inachèvement. Alors on réécoute, encore et encore. L’orchestre sonne bien, le jeu de est très soigné, et pourtant, loin de s’estomper, ce sentiment étrange s’accentue ; voici une proposition d’analyse.

Prenons par exemple le premier mouvement du Concerto n°21. Certes les tempi sont prestes, guère plus que chez Casadesus/Szell d’ailleurs, mais l’impression qui domine est celle d’une sorte de fuite en avant, d’un manque de respiration général. Les traits rapides, comme les gammes qui abondent, n’ont pas réellement de sens et sont joués très bien, mais comme un exercice. Vladar fait du piano là où l’on attend de la musique, les doubles-croches s’enchaînent à l’infini. Et, curieusement, Vladar pianiste laisse peu de place à Vladar chef qui, lui-même, ne relaie pas les intentions du soliste. Car à ce piano plutôt anguleux, malgré sa rondeur de son, et peu nuancé, répond un orchestre ouaté sur lequel on a plaqué quelques cordes étirées et des cuivres tonitruants pour « faire baroque ». Malheureusement, les phrasés sont si différents entre piano et orchestre qu’aucune phrase complémentaire ne fonctionne, aucun dialogue ne s’instaure jamais. Etrange cas de schizophrénie chez un pianiste-chef ! L’Andante, pris Allegretto et bouclé en 5’08’’, ne laisse place à aucune grâce, aucune tendresse, et les figures répétitives en triolets, simplement métronomiques, finissent par donner un étrange côté motoriste à la chose. Le Concerto n°24 est plus adapté à cette approche uniment tendue, mais tant d’autres ont su mettre de la poésie là où n’entend plus que des notes que, à quoi bon ?

Ce qui est troublant, et explique les écoutes répétées, est que l’on sent tout de même chez ce musicien une approche réfléchie, volontaire. Il ne s’agit pas d’un disque « comme ça », mais d’une véritable lecture. Mais dans quel but ? Mystère. Reste le malaise que procure cette lecture certes tout sauf convenue. Sans doute certains trouveront-ils la réponse qui nous échappe.