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Mahler par Dudamel, c’est du brutal !

Successeur désigné d’Esa Pekka Salonen à la tête de l’Orchestre Philharmonique de Los Angeles et âgé seulement de 26 ans, le vénézuélien effectue une arrivée remarquée sur la scène des chefs d’orchestres internationaux. Signé par la prestigieuse Deutsche Grammophon, le prodige présente ici son second disque après un couplage des Symphonies n°5 et n°7 de Beethoven ! Outre la curiosité du choix d’un répertoire à la discographie si encombrée, le commentateur avait de quoi être décontenancé en remarquant que le chef d’orchestre ne dirige pas une Rolls symphonique, mais l’orchestre Simon Bolivar des jeunes du Venezuela ! On peut se questionner sur les choix éditoriaux d’une « major » qui a peiné à boucler l’intégrale des symphonies de sous la baguette de Pierre Boulez (la Symphonie n°8 a été enregistrée en concert en avril dernier à Berlin dans le cadre du Festival Mahler du Staatsoper) et dont l’une des filiales n’a pas terminé la seconde intégrale menée par Bernard Haitink, l’un des plus grands mahlériens de notre époque !

Pourtant, il faut passer outre ces interrogations pour saluer tout d’abord la prestation de l’orchestre. Composé de jeunes âgés d’une vingtaine d’années issus de la sistema, un système d’éducation musicale aussi génial qu’original qui permet à 250. 000 enfants issus des milieux défavorisés de se familiariser avec un instrument au lieu d’errer dans la rue, l’Orchestre Simon Bolivar regroupe les meilleurs d’entre eux. Bien évidement, cette phalange ne possède pas la culture mahlérienne d’autres orchestres, mais on reste stupéfait par la maîtrise technique de ces jeunes gens et surtout par la précision magistrale des différents pupitres de cuivres.

qui doit ainsi entrer dans l’histoire comme le plus jeune chef à avoir gravé cette symphonie, fait de la musique pour la musique. Son Mahler est assez proche de celui de Georg Solti : conquérant, plutôt carré et imposant dans ses dynamiques. Dans des tempi rapides, voire très rapides (surtout en ce qui concerne le Stürmisch bewegt réglé en moins d’un quart d’heure), le chef d’orchestre parvient à construire les mouvements avec logique. Cependant on guettera en vain des climax bouleversants ou la marque d’un véritable vécu intrinsèque de cette musique. On est bien loin ici de la seconde version tourmentée et convulsive de Bernstein (DGG). Dudamel est un chef d’un incontestable talent dont le charisme tire ses jeunes musiciens vers leur meilleur ; c’est fort impressionnant pour un premier disque, mais dans un contexte discographique aussi chargé….