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Jef van Hoof, la prospection continue

Grâce à Luc Famaey, notre souhait s’exauce en partie, puisqu’en publiant le troisième CD consacré aux Symphonies de (1886-1959), son label Phaedra nous offre enfin la Symphonie n°3 en mi b majeur dans la belle série « In Flanders’Fields » dont il constitue le volume n°51. Et nous retrouvons les magnifiques interprètes qui avaient participé à la réussite du CD précédent : le chef et la Pannon Philharmonie de Pécs en Hongrie, la soprano , aux côtés desquels il convient de mentionner, pour la présente production, l’excellent tromboniste .

Nous ne reprendrons pas ici ce que nous avons déjà évoqué lors de la précédente chronique, si ce n’est de souligner avant toute chose l’art mélodique du compositeur flamand poussé à son plus haut raffinement, et superbement représenté ici avec pas moins de onze Mélodies avec orchestre dont sept sont regroupées en deux cycles : Quatre Mélodies sur des textes de Giza Ritschl (1906) et Trois Mélodies à la manière de Chants populaires (1907). Le premier cycle est basé sur des textes de Gizela Zsuzánna Ritschel (1869-1942), poétesse hollandaise d’origine hongroise, auteur de quelques recueils de courts poèmes influencés par le folklore hongrois et dont le contenu élégiaque, mélancolique et douloureux attira tout particulièrement van Hoof. La coïncidence est remarquable de voir confié ici l’accompagnement de ces Mélodies à des musiciens hongrois qui ont dû se sentir en totale communion avec ces textes. Le second cycle a pour particularité de contenir les seules Mélodies avec textes en langue différente – en l’occurrence l’allemand – de celle du compositeur, Mélodies tout aussi brèves et intimistes que les précédentes.

Deuxième de trois opéras, Le Feu de Mai (1916) est plus exactement un « Jeu champêtre » en deux actes évoquant des scènes villageoises au XVIIe siècle, centrées sur l’ancienne coutume de la plantation de l’arbre de mai. Le compositeur en a tiré une suite orchestrale en trois parties enchaînées, adorable par son côté naïf et enfantin, basée sur le matériel du premier acte plus idyllique que le second, quant à lui plus dramatique. Le bref Divertimento pour trombone et orchestre (1935) confirme les affinités réelles de avec les cuivres : en deux parties concises qui exploitent respectivement le côté lyrique et virtuose de l’instrument, l’œuvre est exécutée par avec beaucoup d’aplomb, de finesse et d’esprit.

La Symphonie n°3 en mi bémol majeur (1944-45) est évidemment la pièce de résistance de ce programme. Enfantée en pleine tourmente, tant pour le compositeur que pour le monde extérieur, elle reste traditionnelle par sa structure en quatre mouvements : un Moderato essentiellement lyrique, un mouvement lent Tempo di Marcia Funebre douloureux, qui en constitue le sommet émotionnel, un Scherzo en 5/4 énergique et solennel, et enfin un Final Allegro, sorte de rondo qui achève l’œuvre, comme il se doit, de manière triomphante mais avec élégance. Dans cette partition tout comme dans les Symphonies antérieures, Jef van Hoof ne renie en rien sa profonde admiration pour les Russes, Glazounov en particulier, et en ce sens il fait partie des nombreux compositeurs post-romantiques de valeur qui ont fleuri au tournant du XIXe – XXe siècle.

Les exécutions qui nous sont offertes montrent une fois de plus l’osmose totale de ces superbes musiciens hongrois avec cette musique. Nous ne savons si Phaedra complètera son cycle van Hoof avec la Symphonie n°2 en la bémol par ces admirables interprètes : en tout cas c’est à souhaiter vivement, car la version Marco Polo (8225101) nous paraît manquer singulièrement de ce punch qui ne fait aucunement défaut aux musiciens de Phaedra. Une réussite parfaite, en une prise de son qui ne l’est pas moins !