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Vite, une greffe de c(h)œur !

Chœur de Radio-France

Le concert, pourtant, n’a pas si mal commencé. Curieuse idée de , toutefois, de disposer, dans ce qui est l’origine des grands chœurs orthodoxes, les basses au fond. L’acoustique tournoyante de Saint-Eustache n’arrangeant rien, ce qui devait être une œuvre basée sur un tapis sonore grave et agrémentée d’harmoniques, est devenue une mélodie de sopranos accompagnées des autres voix. Le Chœur de Radio-France gagne en souplesse dans les Quatre motets sur des thèmes grégoriens de Duruflé, un grand classique français de l’a capella. Brauer prend le parti d’une pulsation lente qui permet au subtil contrepoint choral de se développer, avec un fin dosage des nuances, allant du fortissimo jusqu’à l’impalpable. L’auditeur, satisfait de cette première partie, était en droit d’espérer un « plat de résistance » consistant pour la suite, le seul chœur d’oratorio professionnel de France ayant été capable du meilleur, sans accompagnement instrumental.

Mais la curieuse Missa sacra de Schumann tourne rapidement à la catastrophe. Loin de la vision énergique, juste et en place des Cris de Paris à Auvers-sur-Oise dimanche dernier, mise sur la puissance et la plénitude sonore. Si le Kyrie reste d’une belle facture, les vocalises « à la Haendel » et les fugues « à la Bach » des mouvements suivants ne sont que décalages et approximations, malgré les gesticulations désespérées du chef de chœur. L’éloignement de l’orgue ne fait qu’apporter au désastre, le mythique instrument des frères Van den Heuvel ayant été foudroyé lors des orages récents, la console de la nef est inutilisable. L’organiste a dû se réfugier dans le Grand-Orgue, cachée par le buffet dessiné par Baltard et reliée au chef par un système vidéo. Les mouvements lents (Sanctus) amènent un peu de répit (et de musique !). Si la technique a fait défaut, fallait-il pour autant confier les solos à la soprano la moins en voix du Chœur, qui pourtant ne manque pas de cordes vocales de meilleures qualités ?

Simple faux-pas ou prémices d’un futur aussi peu glorieux que son passé ? L’avenir nous dira si Matthias Brauer à la tête du Chœur de Radio-France est effectivement l’homme de la situation.

Crédit photographique : Matthias Brauer © DR