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Gustavo Dudamel : un tel Mahler à 26 ans … Chapeau !

Festival de Saint-Denis

C’est par ce concert Strauss-Mahler de que s’est ouvert le Festival de Saint-Denis 2007. Il s’achèvera le 5 juillet par le War Requiem de Benjamin Britten dirigé par Kurt Masur avec son Orchestre National. Ainsi la boucle sera-t-elle bouclée entre le fulgurant chef débutant de 26 ans et l’un des plus expérimentés chefs en activité. Sans conteste, Dudamel est aujourd’hui l’un des jeunes chefs dont on parle le plus, déjà adoubé par rien moins que Barenboim, Abbado et Rattle, titulaire d’un contrat avec Deutsche Grammophon, nouveau directeur musical de l’, il vient d’être nommé à la tête du Philharmonique de Los Angeles, succédant à Esa-Pekka Salonen à compter de la saison 2009. Quel parcours en si peu de temps ! Le concert de ce soir attisait donc notre curiosité, alliée à l’espoir de trouver un « vrai » futur grand de la baguette. Alors est-il aussi bon que sa flatteuse réputation le laisse entendre ?

Le concert de ce soir semble le confirmer même s’il n’était pas parfait, notamment dans un à l’accompagnement un peu timide et en demi-teinte. Les sublimes Quatre derniers lieder sont restés en retrait de leur potentiel émotionnel, sans doute du fait d’une trop grande retenue dans la dynamique et l’animation (certains pianissimo avaient, furtivement, franchi dans le mauvais sens la limite de l’audible et de l’intelligible), ainsi que dans le tempo qui était plutôt lent, ce qui demande en contre partie une puissance expressive et une intensité insuffisamment palpables ce soir. Cela était particulièrement sensible dans un Im Abendrot un peu timide, très lent, mort dès l’introduction orchestrale alors que le sentiment d’apaisement « O paix immense et sereine » et de mort « Serait-ce déjà la mort » n’apparaît qu’à la toute fin. On mettra volontiers cela sur le compte de l’inexpérience dans la maîtrise sonore, et dans la difficulté d’appréhension de cette musique, de laquelle faut-il sans doute une fréquentation – et une pratique – déjà familière pour en exprimer toute la richesse. La toute aussi jeune soprano canadienne Measha Brueggergosman a montré de belles promesses que l’avenir se chargera de confirmer.

Enchaînée sans entracte, la Symphonie n°5 de a trouvé un Gustavo Dudamel bien plus à l’aise avec cette musique plus contrastée et binaire que dans les sublimes raffinement straussiens, ce qui n’a rien de surprenant. Commencée dans un climat sombre très réussi, animée de forts contrastes expressifs et dynamiques parfaitement en place, adossée à un orchestre énergique et attentif, cette interprétation très vivante, certes, plus binaire, énergique et physique, on oserait dire « jouée avec les tripes », qu’intellectuelle et raffinée, était assez impressionnante et fonctionnait fort bien, même si elle ne nous a pas enlevé de l’idée que cette symphonie n’est pas la plus homogène et réussie du corpus mahlérien, et fait parfois un peu puzzle. Elle a permis d’admirer un assez bel orchestre mais surtout la déjà grande maîtrise technique et musicale de ce jeune chef, à la gestuelle et tenue de baguette rappelant parfois Abbado. Si on tient compte de son age, il n’y a qu’un mot à dire : chapeau. Ce que les spectateurs ont marqué par des applaudissement très fournis, dans une nef quasi comble, pendant que le chef se livrait à une fort sympathique « tournée des pupitres », à la Leonard Bernstein, parcourant les rangs de son orchestre, comme parfois son illustre modèle, pour enlacer et embrasser individuellement ses musiciens. Un vrai espoir est né.

CD de la Symphonie n°5 par Gustavo Dudamel

Crédit photographique : DR

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