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Jean-Bapstiste de Bousser, In vino veritas

A côté des tragédies lyriques, des opéras-ballets, des sonates italiennes qui firent postérité, le règne de Louis XIV vit fleurir tout un répertoire d’airs populaires contant, si on peut dire, boires et déboires des gens de la société de l’époque. Ces airs dédiés aux heurs et humeurs du tout à chacun, comme autant de mélodies « naturelles » et agréables qui ne tendent qu’à divertir, empruntent à toute la gamme affective – ce dont le chansonnier va pouvoir faire choux gras – : chagrin, détresse, complexe, déprime, ennui, jalousie, convoitise, malice, gaillardise, etc.

Avec pas moins de neuf cents (900 !) compositions, s’affirma comme le maître du genre. Il est à remarquer qu’à cet art vif de la « mise en scène sonore », intensité et brièveté en étant les maîtres-mots, beaucoup des auteurs français s’y essayèrent, parfois sous la forme prudente de l’anonymat, et c’est donc judicieusement que La Compagnie Baroque nous fait découvrir un véritable panorama de la chanson populaire de l’époque. Réinvention du « top 50 » pourrait-on dire non sans une pointe d’humour.

Au final cet album ne s’en cache pas : il explore le versant tout à fait guilleret et hédoniste du XVIIIe siècle français. Et c’est plutôt fort bien réussi avec une forte théâtralité des pièces sélectionnées, riche de spontanéité et de fraîcheur dans l’interprétation, avec une belle complicité entre les passages instrumentaux et les éléments chantés.

A préciser enfin, que l’ancien français sert ici l’accent savoureux de la belle formule au service de « l’esprit du vin », Bacchus voisinant avec Cupidon – mais nul chant paillard n’ayant été retenu au grand dam peut-être de certains auditeurs. La Compagnie Baroque s’est prêtée là à un « objet d’amusement sérieux » eut pu dire François-André Danican-Philidor. Pour baroqueux ou pas… sans modération !