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Vive l’Octavian de Regina Richter

Non, cette fois nous ne parlerons pas de la mise en scène. A part quelques détails dans la direction d’acteur (le finale notamment), la conception de est si loin des idées de Strauss et de Hofmannsthal qu’elle ne mérite même pas une analyse critique. Que peut-on analyser d’ailleurs lorsque les trois quarts de ce que l’on voit sont en contradiction avec le texte et/ou la musique ?

Musicalement pourtant, ce n’est pas non plus le pur bonheur. Sous la direction sommaire, parfois même bruyante d’, le Gürzenich-Orchester reste bien au-dessous de son niveau habituel. Dès les premières mesures, les cuivres déraillent, le premier violon ratant curieusement la fameuse fin du premier acte. La présentation de la rose au II manque cruellement de poésie. Ce n’est qu’au cours du III que les choses s’améliorent, que le tissu orchestral se fait plus souple et que, enfin, l’émotion s’installe.

Côté chanteurs, il faut d’abord déplorer le niveau faible des seconds rôles. Aux côtés d’un Valzacchi correct (Johannes Preißinger) et d’un commissaire légèrement fatigué, mais efficace () nous trouvons le chanteur italien désagréablement poussif de Robert M. Wade jr., la pâle Annina d’Andrea Andonian, la Marianne stridente de Machiko Obata ainsi qu’un hôtelier et des majordomes vraiment impossibles. , en revanche, campe un Faninal sans failles – même s’il ressemble plus au frère qu’au père de Sophie. Celle-ci est interprétée par Brigitte Geller, remplaçant initialement prévue. Si l’on peut regretter un aigu forte légèrement acide, elle finit par nous convaincre grâce à la fraîcheur de son timbre, à la beauté de ses piani et grâce au charme naturel de son jeu. Reinhard Dorn est un Ochs vocalement irréprochable, à la voix grande et puissante, à l’aise sur toute la tessiture, mais aussi capable de belles nuances. Scéniquement par contre, ce sont les nuances qui manquent. Ce baron est gros, gras et vulgaire, bref le plus antipathique possible – et là non plus, ce n’est pas dans l’esprit des auteurs.

Restent les deux vedettes de la soirée. d’abord, Maréchale particulièrement pensive, mélancolique et vulnérable qui souffre plus que d’autres de la séparation d’avec Octavian. Le timbre est d’une qualité exceptionnelle : sombre et charnu, mais lumineux dans les aigus avec un brin de fragilité tout à fait bienvenu dans ce rôle. S’ajoutent une palette de nuances et de couleurs quasiment illimitée et une élocution parfaite du texte. Si Denoke est connue mondialement pour son interprétation de la Maréchale, devrait l’être pour celle d’Octavian. Il y a quelques jours seulement, cette jeune mezzo, membre de la troupe de Cologne, a fait ses débuts dans le rôle – et pourtant tout est déjà en place. Richter a le physique du rôle, la rendant crédible à la fois en jeune homme et en Mariandl. Et elle a la voix qu’il faut : ronde et chaude dans les graves et le médium, flamboyant dans l’aigu. Sa diction frôle la perfection, son ardeur juvénile force l’admiration et ses piani donnent le frisson. Que faut-il de plus ? Une production où toutes ces qualités sont mises en valeur dans l’esprit de Strauss et de Hofmannsthal !

Crédit photographique : © DR