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Reflets de l’âme romantique

La Fondation internationale Nadia & a favorisé la parution récente, aux Editions Durand, des deux Trios de D’un soir triste et D’un matin de printemps, dont les manuscrits étaient restés inédits depuis la composition de ces deux œuvres en 1917-18. En réalité l’événement même est la parution simultanée des partitions et du présent enregistrement, qui est donc une première mondiale, et où l’on voit que la Fondation a accordé avec bonheur sa pleine confiance au pour cette occasion exceptionnelle.

L’album a choisi de présenter, en miroir, les œuvres de deux artistes, et – première femme Prix de Rome de composition musicale –, ces œuvres ayant en commun le fait d’avoir été composées dans un même lieu, l’Académie de France à Rome, installée depuis 1803 à la Villa Médicis.

De cette résidence italienne Debussy produira trois compositions Zuliema (perdue), Printemps et La Demoiselle élue dont la liberté naissante déconcertera jusqu’aux membres de l’Institut : « bizarre », « étrange », « vague », « injouable »… La modernité affleure, le romantisme laisserait-il place à un « impressionnisme » aux « mystères légers », fait d’un « univers en demi-teintes et clairs-obscurs » ? Certains reconnurent chez le jeune Debussy l’influence de Massenet – parfois aussi Gounod – tout comme, par ailleurs, celle de Wagner avec des montées en puissance vigoureuses mais non point agressives, plutôt jubilatoires.

Outre Baudelaire, Rimbaud et Verlaine, Debussy partage avec Lili Boulanger la même admiration pour Maeterlinck. Et c’est sous l’influence de l’écoute des compositions de Debussy qu’elle entreprendra l’écriture, restée inachevée, d’un opéra d’après une œuvre de cet écrivain. expliqua le sens des emprunts ou des filiations chez sa sœur, Debussy et Fauré prioritairement, de la manière suivante : « comme certains créateurs l’avaient fait avant elle, Lili Boulanger a adopté un langage de son époque, naturellement, sans doute parce qu’elle y trouvait les éléments dont elle avait besoin pour s’exprimer ».

Avec cet agréable album se côtoient donc des œuvres qui se mêlent à merveille, faisant se refléter l’âme romantique, ce spleen, toujours un brin nostalgique ; mélancolie si bien mise en exergue par cette époque qui aboutira à l’abomination d’une guerre si meurtrière d’un côté, à l’issue fatale de la maladie pour Lili Boulanger, à l’âge de 24 ans, d’autre part. Mais avec aussi deux singularités de style : inventif, virevoltant, humoristique, conquérant, mystérieux mais chatoyant chez Debussy ; contrasté, allant de la mélopée plaintive à une fébrile vitalité et même une énergie retrouvée et débordante chez Lili Boulanger. Toute la contradiction de la musicienne apparaissant sûrement dans cette autre mélodie titrée : « Elle est gravement gaie ».

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