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Lefébure-Wély, organiste-compositeur par Joris Verdin

Ce disque présente un double intérêt : Il nous propose un aspect différent et peu connu de l’œuvre d’orgue de Lefébure-Wély, cet organiste parisien du second Empire, et sur un orgue quasi-inédit en discographie : le splendide Cavaillé-Coll de Notre-Dame de Bon Secours à Rouen. Ce dernier a sans doute souffert pour sa célébrité, de son voisin génial de l’Abbatiale Saint-Ouen. , qui s’est déjà distingué par plusieurs disques de tout premier plan (intégrale Franck pour orgue et harmonium, chez le même éditeur), nous fait découvrir les six grands offertoires, pour la première fois. Musique déjà un peu plus sage que les fameuses marches et sorties très « alla Offenbach », qui firent les délices de l’église de la Madeleine à Paris, où Lefebure-Wély fût organiste. Notons que ces pièces incroyables nous furent révélées au disque par René Saorgin au début des années 70 sur l’orgue de Nantua, et demeurent à ce jour, la référence absolue (Harmonia Mundi). Ici, il s’agit d’une musique de circonstance, certes, mais bien écrite pour ce moment privilégié de l’office, où l’organiste disposait de plusieurs minutes pour laisser libre cours à son jeu : Le style pompeux de l’époque est bien là, et sait nous le faire apprécier, mais nous repose aussi par l’alternance de pièces plus méditatives et suaves à souhait (méditations religieuses).

La palette sonore de Cavaillé-Coll fait ici merveille, sur cet orgue de jeunesse (1857) et inauguré par Lefebure-Wély soi-même. Un orgue direct et clair, caractéristique de cette période romantique, et non encore symphonique. Divers accessoires mécaniques permettent un jeu étendu, en particulier la présence d’un clavier d’accouplement supplémentaire.

Cette musique s’écoute avec bonheur, et on imagine l’ambiance enthousiaste qui devait régner dans ces grandes nefs parisiennes à l’époque de Napoléon III, dont l’église Saint-Sulpice où le maître fut également titulaire.

Le disque se termine par la fameuse scène pastorale, pouvant servir lors d’une messe de minuit, où toutes sortes de climats se font jour : danses paysannes, imitation des oiseaux, des chèvres, avec bien sûr une belle scène d’orage au milieu, l’occasion de mettre en action ce système omniprésent sur ces orgues, de la pédale d’orage qui appuyait les premières notes graves du pédalier, en un effrayant roulement de tonnerre.

Prise de son ample avec un bon recul, bienvenu dans ce répertoire.