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Un bienheureux malheur

est contemporain de Bach, Haendel et Telemann. Il a composé de nombreux opéras à Vienne. Pourtant c’est comme joueur de Théorbe qu’il était le plus fameux. Quantz lui-même le décrivait tout simplement comme le meilleur théorbiste du moment. Né à Florence, il s’est installé à Vienne dès 1701. Son amour pour la voix était grand. Il a même épousé successivement deux prima donna de la cour. Ce SACD nous permet de constater la force de son inspiration et la qualité de ses dons.

La cantate qui donne son nom à l’enregistrement, Sventura Didone, est dédiée à une voix de soprano avec l’accompagnement d’un orchestre de cordes. En deux airs et deux récitatifs, le portrait est complet. C’est l’énergie de la colère de la reine qui domine mais les moments d’émotion sont poignants, en particulier dans le premier air. Pourtant ce qui reste en mémoire, c’est l’agitation de sa colère. La voix de Ulricke Hofbauer est fraîche, le timbre acidulé est plaisant, évoquant la jeunesse de Didon. La technique de la cantatrice est irréprochable. La virtuosité requise, toujours mise au service de l’expression. L’orchestre est lui aussi brillant et virtuose, en vrai partenaire il participe à la narration. Cette cantate est en somme à la fois très théâtrale mais plutôt intimiste.

La deuxième pièce vocale est une « cantate de table », Fra cetre e fra trombe. L’orchestre s’enrichit de bois : basson et hautbois, mais surtout de trompette. Une ouverture à la française tonitruante impose le respect. Toujours confiée à la voix de soprano, la cantate déploie une suite d’airs et de récitatifs. La virtuosité règne partout, dans l’orchestre comme dans le chant. Le modèle de l’opéra italien domine dans une jouissance sonore de tous les instants. Il est certain que la cour de Vienne aimait à briller ainsi.

Deux ouvertures et une symphonie complètent le programme du concert, confirmant la variété du talent de Conti. Les instrumentistes semblent à l’aise en toutes circonstances et ne sont jamais pris en défaut. Les récitatifs sont très bien accompagnés avec diversité et efficacité. L’excellente prise de son se révèle précise malgré la réverbération. Elle valorise l’éclat de cette musique.

Riche est personnage de Didon et le portrait qu’en fait Conti mérite d’être connu : il complète admirablement celui de Purcell. Les malheurs de cette grande reine nous valent la joie de découvrir un compositeur oublié et tout à fait passionnant.

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