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Quand la diversité fait souci

Rassemblant sept œuvres composées entre 1992 à 2005, le disque Sentence Funèbre permet de découvrir la musique de dans toute sa variété, d’en saisir une cohérence tout expérimentale. Pour commencer, Colloque Sentimental donne au poème de Verlaine des climats denses, appuyés, explicites, presque figuralistes. L’œuvre suit le poème mot à mot, en redéveloppe chacune des émotions. Les vers sont répartis dans l’œuvre de la façon la plus précise, si bien que l’attention de l’auditeur est appelée à se focaliser sur la force poétique de chaque moment. La voix d’Alain Gerber, comme éprouvée par l’éparpillement des bouts de poème, assume une intention pleine, suit une assurance dramatique dont la musique, par reflux, ressort plus affirmative de sa structure. Si bien que la force spectaculaire de tel effet, par la frappe théâtrale qu’elle imprime à telle formule, prend une importance parfois excessive et, du coup, pernicieuse.

Dans Né du Néant (hommage à Iannis Xenakis), les musiciens font des timbres encore très évocateurs, connotés filmiques. Et le traitement électronique donne aux mutations du soliste un caractère très imagé et, à ce titre, une allure de codification. Une prétention de fiction que ne contrecarre aucun plombage tant l’homogénéité de la monodie jouée par au saxophone alto, peut même être confondante, fait quand même planer un ludisme à force de, surtout, varier les plaisirs de texture. L’œuvre intitulée Les Cinq Sens pourrait sembler commencer par le toucher, offrir un jeu de phrasés, disposer de ces lignes musicales amusantes et d’office dépassées par une structure dont il vaut peut-être mieux ignorer les ressorts. Et la succession des plans fait d’autant plaisir à se voir dérouler qu’elle colmate, en l’épanouissant, la caractérisation des formes respectives à chaque moment. Qu’importe si les cinq sens y sont tous, pourvu que l’ordre ait ainsi donné à chaque part de quoi acharner sa propre mesure. (Cependant, il s’agissait, en 2001, de faire Alla breve. )

Aussi, dans Les voyages de Jules Verne et Les Routes de l’Olivier, respectivement pour quatuor de saxophones et quatre timbales, si les principes compositionnels peuvent être très rôdés (on entend le compositeur s’expliquer dans le livret si précis de François-Gildas Tual), l’auditeur n’est pas au devoir de légiférer sur ses options d’écoute. Les techniques de « semi »-improvisation n’étant pas le cœur du propos pour qui veut aussitôt entendre les bariolages de volume, de couleur et de densité, lesdits bariolages sont effectivement passionnants dès qu’il s’agit d’entendre combien leur efficience rythmique est alors d’une portée inespérée.

Souvent piquantes, parfois prenantes, d’abord soigneuses, les œuvres de sont ici associées d’une manière tellement anthologique que l’écoute peut se laisser étriquer par un horizon tout documentaire. C’est en considérant ces œuvres distinctement que l’auditeur pourra découvrir dans les œuvres de , au-delà des jeux d’hétérogénéité et de la virtuosité de leurs tissages, une tension historique sans commune mesure avec ces clichés et fictions dont chacun peut se sentir d’avance lassé.

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