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Richard Haynes, clarinettiste accompli

est l’un des jeunes solistes australiens les plus demandés, au curriculum impressionnant. Formé dans les meilleurs conservatoires de la planète (Queensland, Ensemble Modern Frankfurt, Gœthe Institut, Centre Acanthes, …), Richard est une personnalité musicale rare : compositeur, il explore l’homme et ses mystères. Improvisateur, il fait partie de projets aussi divers que passionnants comme Elision Ensemble, MusikFabrik, Topology, … Musicien d’orchestre, il a joué au sein du Australian Youth Orchestra, ou du Camerata Australia. Soliste réputé, il est invité dans de nombreux festivals (Queensland Biennial Festival of Music, 2005 Sydney & Melbourne Festivals) et par les plus importants orchestres australiens : les Melbourne & Tasmanian Symphony Orchestras, le Queensland Orchestra, sous les baguettes de chefs aussi réputés que Michael Christie, John Curro, Sebastian Lang-Lessing ou Markus Stenz. Rencontre aux antipodes…

« La musique contemporaine me permet de jouer tous les types de clarinettes. »

ResMusica : Richard, comment la musique est-elle venue à vous ?

 : Mes parents m’ont donné des cours de piano, ce qui est une excellente façon de commencer la musique. Je voulais cependant découvrir d’autres instruments et je me suis lancé dans l’étude de l’alto et de la clarinette. J’ai aussi débuté la composition à l’école. A seize ans, finalement, j’ai fait le choix de me concentrer sur la clarinette.

RM : Et pourquoi justement la clarinette et pas l’alto ?

RH : Ce qui m’a d’abord attiré, ce fut la clarinette basse, pour la forme, l’intensité du son. Désormais cependant, je joue toutes les clarinettes, de la contrebasse à celle en mi bémol [ndlr : équivalent du piccolo pour la clarinette]. La musique contemporaine me permet de jouer tous les types de clarinettes, en fait.

RM : Vous avez étudié en Australie, puis en Europe (Berlin, Paris, Berne). Avez-vous remarqué des différences dans la manière d’enseigner entre les deux continents ?

RH : A mon avis, les différences sont plus au niveau des professeurs que des pays. Mes professeurs en Australie étaient tous très différents les uns des autres ; tout comme en Europe, chacun avait ses méthodes personnelles et ses idées.

RM : Avez-vous des modèles dans les musiciens du passé ou du présent ?

RH : Je ne pense pas m’être modelé sur des « idoles », mais ce sont mes collègues et confrères qui m’ont beaucoup influencé. En fait, si je puis dire, je suis plus intéressé et fasciné par les gens avec lesquels je veux travailler que par les gens auxquels on pourrait vouloir ressembler…

RM : Vous êtes aussi compositeur et improvisateur. Comment liez vous ces différentes activités, avec succès qui plus est ? Considérez-vous ces formes musicales, comme des activités très différentes les uns des autres, ou n’en faisant qu’une seule en réalité ?

RH : Beaucoup vous le diront sans doute, être musicien implique de nombreux talents, et j’apprécie réellement toutes ces activités, sans aucune distinction. Elles ont un aspect positif les unes sur les autres, très certainement ; cela est parfois difficile de choisir une prédominance, mais elles donnent toutes des expériences personnelles et musicales tellement gratifiantes et enrichissantes !

RM : A quoi ressemblent vos compositions ? Ont-elles un quelconque fil conducteur ?

RH : Je cherche à explorer deux grands thèmes : l’être humain et la géographie. Ces deux aires se mêlent dans un sens : je suis très intéressé par la manière dont les humains sont liés avec le paysage, et agissent sur le paysage. Je me passionne aussi pour l’exploration de la fonction cérébrale, de l’obsession et de la diminution physique ; tout ceci à travers la composition…

RM : Vous avez dédié une grande part de votre répertoire à la musique contemporaine. Est-ce un choix personnel, un certain devoir musical, ou tout autre chose ?

RH : J’aime jouer des œuvres contemporaines, purement et simplement. Ce qui m’y attire, c’est la multitude des expressions, les sons expérimentaux, les idées nouvelles, quand bien même cette musique est difficile à jouer, très exigeante. Que dire de la musique contemporaine qui explore tous les concepts dont j’ai parlés ! Je n’y vois aucun devoir de musicien, ou aucune sorte de « responsabilité », c’est un intérêt personnel, vraiment.

RM : Quelle est l’œuvre qui vous a laissé le meilleur souvenir ? 

RH : Il est très difficile de répondre à cette question, car j’essaie toujours de « voir/entendre/donner » le meilleur, dans chaque projet dans lequel je suis impliqué. Je ne veux donc pas prendre parti.

RM : Vous avez beaucoup enregistré. Pouvez-vous nous parler de ces œuvres ?

RH : J’ai enregistré les œuvres de compositeurs comme Liza Lim, Chris Dench, Theo Lœvendie et Brian Ferneyhough. C’est passionnant, car pour chaque enregistrement, on essaie toujours de « faire » la meilleure musique qui soit. Dans le futur, j’aimerais enregistrer les œuvres de compositeurs avec lesquels je travaille actuellement. Je pense qu’il est important d’avoir cette relation soliste-compositeur, le compositeur doit trouver un interprète qui le représente.

RM : Vous êtes aussi un brillant soliste. Vous avez ainsi joué avec les plus grands orchestres australiens, comme les Orchestres Symphoniques du Queensland, de Tasmanie ou de Melbourne, sous la baguette de chefs réputés comme Markus Stenz ou Sebastian Lang-Lessing. Pourriez-vous décrire pour nos lecteurs français les caractères de ces orchestres, dont ils ignorent tout ?

RH : Ces orchestres sont différents en taille, et ceci est bien entendu très important dans la définition de leur sonorité. En Tasmanie, c’est un petit orchestre, mais qui joue sans difficulté des pièces symphoniques. A Melbourne, et pour l’orchestre du Queensland, l’effectif est plus important, et ils se focalisent donc plus sur les « grandes œuvres ». Je ne connais pas bien leurs spécificités sonores, car je n’ai pas eu beaucoup de temps pour les découvrir en profondeur, en tant que soliste. Je pense que la scène musicale australienne, comme beaucoup d’autres de part le monde, est confrontée à de grandes épreuves, mais fait d’excellentes choses en présentant la meilleure musique de la meilleure façon qui soit.
J’ai des idées pour des projets solistes futurs, mais malheureusement, il y a peu d’œuvres pour clarinette et orchestre que j’aime vraiment.

RM : Nous allons pouvoir vous entendre très bientôt à Strasbourg. Y a-t-il une appréhension ou une exaltation spéciale à l’idée de jouer hors de son continent ?

RH : Je vais jouer avec l’Ensemble Modern de Francfort, dans un programme d’un compositeur portugais, Emmanuel Nunes ; je trouve sa musique très gratifiante et excitante pour la clarinette.

En fait, je vis à Berne actuellement, et j’ai toujours beaucoup joué en Europe, alors, on peut dire que je suis habitué. Mais j’ai toujours autant de joie à jouer sur ce continent, car les programmes y sont toujours passionnants.

RM : Quelles sont les trois lieux et les trois salles de concerts que vous conseilleriez aux touristes ?

RH : Pour les salles de concerts, sans aucun doute le Sydney Opera House, le Hamer Hall à Melbourne et le Federation Concert Hall à Hobart. En fait, en Australie, il y a une grande salle de concert dans chaque ville ! Pour les lieux touristiques, je vous dirais : les vallées de Clare et Barossa dans le sud australien ; le nord-est du New South Wales, où il y a une multitude de villes très intéressantes et de somptueuses plages ; la Tasmanie, qui est le plus grand trésor naturel australien. Mais n’oublions pas la Nouvelle Zélande ! Je sui complètement amoureux de ce pays…

RM : Des passions en dehors de la musique ?

RH : J’adore étudier les langues : le néerlandais, l’allemand, le norvégien, le maori. J’aime aussi nager, courir et profiter de la nature. Mon autre passion est l’art, je visite beaucoup de musées et de galeries. J’oubliais : la bonne cuisine ! J’aimerais passer plus de temps avec mes amis qui vivent de part le monde : c’est un des avantages et des inconvénients du monde moderne…

Crédits photographiques : © Gerrit Bender

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