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Seattle, l’opéra services compris

McCaw Hall

Pour le second volet consacré à l’Opéra de Seattle, ResMusica vous fait découvrir le bâtiment lui-même inauguré en 2003, sa façade, sa grande salle et ses petits secrets, avec pour guide le Directeur Général Speight Jenkins.

Extérieurs

La façade de l’Opéra de Seattle (ci-contre) présente plusieurs particularités. Entièrement vitrée, sa transparence marque la volonté des concepteurs de créer un bâtiment ouvert sur la ville, invitant les passants à la découverte de l’opéra. On y accède par une voie piétonne. C’est une raison historique qui a conduit à cette disposition : le McCaw Hall a été aménagé dans la structure d’un premier théâtre construit en 1927 en périphérie du centre-ville. Le développement de Seattle a pris un tour imprévisible pour les premiers architectes et la rue est devenue une promenade. Les piliers métalliques, visibles à l’intérieur, sont ornés de colliers gravés aux noms des plus généreux donateurs. Enfin, la promenade a été tendue de filets métalliques. Eclairés la nuit, ils se reflètent sur le film d’eau qui longe la façade du bâtiment. A l’arrière plan, la «soucoupe volante» coiffe le Space Needle, tour futuriste devenue l’emblème de Seattle depuis sa construction en 1962.

Escalier

L’opéra fut entièrement rénové en 2003, en seulement dix-huit mois. L’option prise de conserver la structure du bâtiment initial permit de réduire le coût de la construction à 127 millions de dollars, rendue possible par des dons et des financements publics locaux, régionaux et de l’Etat de Washington. A titre de comparaison, la construction complète de l’Opéra Bastille coûta plus de 425 millions d’euros. La sculpture monumentale de Sarah Sze (ci-dessus), créée spécialement en 2005 pour animer le grand escalier, est un foisonnement d’objets de toutes sortes, fleurs, branches, bouteilles accompagnées de leurs coupes. Pour y accéder, vous pourrez même emprunter – par le regard – des échelles. Est-ce cette diversité imagée ? Est-ce la forme tourbillonnante de la structure ? Toujours est-il que l’œuvre fut adoptée spontanément par les habitués, au grand étonnement du Directeur Général Speight Jenkins, qui craignait un scandale.

Une soirée à l’opéra :

Les salles des donateurs

Pour se restaurer avant une représentation, le McCaw Hall propose quatre espaces : deux ouverts, dont un au rez-de-chaussée et l’autre au deuxième étage, deux privatifs dans des salles réservées aux donateurs les plus généreux, et aux noms évocateurs. Des espaces privés dans un Opéra ? Voilà une originalité impensable en Europe. Si la sélection par l’argent choque un Européen habitué à ce que l’Etat rende invisible le financement d’une telle maison, un Américain est aussi choqué de voir des spectacles lyriques luxueux financés par l’ensemble de la population. Deux salles donc : la «Crown Donor Suite» est réservée aux mécènes qui contribuent pour au moins 4. 000 dollars dans l’année. Plus élitiste, la «Platinum Suite» est réservée à ceux qui ont donné au moins 12. 500 dollars. Au demeurant, il y a peu de différence dans l’aménagement de ces salles, qui sont avant tout fonctionnelles.

Le foyer

Flambant neuf, le McCaw Hall ne déroge pas au principe selon lequel les mélomanes viennent aussi pour voir et être vus. Que ce soit du premier ou du second étage, le foyer est panoramique et offre une vue imprenable sur les escaliers à l’heure de la montée des marches. Dans la salle alternent couleurs chaudes aux murs, froides sur les sièges et la moquette, et noire pour le plafond. Est-ce un compromis entre les ors impériaux de Garnier et le blanc et noir janséniste de Bastille ? Pour Speight Jenkins, l’opposition absolue entre les deux salles parisiennes est bien le reflet de la double nature des Français aux goûts partagés entre luxe et dépouillement.

A l’entracte

Les Européens les plus réticents à la culture américaine conviennent que la qualité du service rendu aux clients y est exemplaire. Cette exemplarité se retrouve dans les aménagements du McCaw Hall, jusque dans les détails que d’aucuns considèreraient comme indignes de considération, en l’occurrence les toilettes des dames. Dans les théâtres, celles-ci sont généralement en nombre insuffisant, exiguës et inconfortables, et s’y rendre à l’entracte est le moment d’un choix : dominer sa répulsion aux files d’attente ou réprimer son besoin. Ici, pas de questions existentielles car il n’y a pas d’attente, le nombre de cabines a été triplé par rapport aux autres maisons d’opéra, et comble de tact, la peinture murale est de couleur pêche, ce qui enjolive le teint. En outre on ne risque pas d’y croiser sa voisine, sa chef ou une notable de la ville à l’entrée ou à la sortie de ce lieu car on y entre par une porte et on en sort par une autre. Quitte à faire une rencontre, il est plus agréable de se voir au bar, un vin effervescent selon la méthode champenoise à la main ; les grandes maisons françaises de champagne en produisent d’excellents en Californie.

Après la représentation

Dans de nombreuses salles d’opéras, le public et les musiciens partagent peut-être le goût de la musique ; certains ont aussi visiblement l’envie de se ruer hors du bâtiment pour rentrer chez eux dès la fin de la représentation, voire même un peu avant s’ils le peuvent. Au McCaw Hall, le Directeur Général ne goûte pas cette urgence du retour au bercail : ancien journaliste, il anime une séance de questions-réponses après chaque spectacle dans la salle de conférence construite au premier étage (ci-dessus). Un moment pour partager ses impressions et prolonger la soirée.

La salle

Entre la salle de 1962 et celle de 2003, la différence est substantielle et va au-delà des changements de couleur des sièges, passés du rouge au bleu, et de l’éclairage. Celui-ci mettait auparavant en valeur les caissons octogonaux du plafond, alors qu’aujourd’hui il les rend invisibles ; ils sont pourtant toujours là. Où sont alors les améliorations ? La jauge de la salle a été réduite de 3019 à 2893 places par la suppression de 3 mètres de sièges de part et d’autre de la salle et la création de huit balcons. Ainsi se trouve accru, de manière très sensible, ce sentiment d’intimité si appréciable en un tel lieu. La salle n’a pas été réduite à proprement parler ; des cloisons ont été montées à mi-hauteur, laissant des espaces libres, inaccessibles au public et recouverts de parquet pour maintenir une bonne réverbération du son. Pour Speight Jenkins, l’opération menée par le Cabinet LMN Architects a été un succès, toutes les places disposant d’une bonne vue et d’une excellente acoustique. Les chanteurs y ont gagné aussi, car les proportions de la salle sont telles qu’ils n’ont pas le sentiment qu’il faille forcer la voix pour atteindre les spectateurs des derniers rangs.

Fosse d’orchestre et loges

La nouvelle salle a permis d’améliorer le confort des musiciens. Ainsi la fosse d’orchestre est désormais ventilée par le sol, apportant un confort très appréciable, tandis que les anciens poteaux qui soutenaient la scène ont été supprimés. Luxe rare, toutes les loges des chanteurs sont équipées de toilette et de douche individuelles. Enfin, petite attention qui fait la différence, les portes des loges des chanteuses sont élargies… car comment passer dans une porte de taille standard dans une large robe du XVIIIe siècle ?

Au McCaw Hall de Seattle, le respect pour les artistes et le public se joue sur tous les fronts, artistique, pédagogique, et dans l’accueil qui leur est fait.

Lire aussi : L’Opéra de Seattle, le Bayreuth du Pacifique

Crédit photographique, de haut en bas :

Façade du McCaw Hall : © Rozarri Lynch

Sculpture de Sarah Sze : © Bill Mohn

Grand escalier : © Rosemary Jones

Auditorium, avant la représentation : © Rozarii Lynch

Speight Jenkins à la session de questions/réponses : © Bill Mohn

La salle de l’Opéra de Seattle après sa rénovation de 1962 : © Opéra de Seattle

La salle de l’Opéra de Seattle après sa rénovation de 2003 : © Rozarii Lynch