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Témoignage historique de Míkis Theodorákis… certes

Piano21 est le label de  : créé par lui, consacré à ses enregistrements. Ce 20e volume est la publication tardive d’une prise réalisée en 1982. L’intérêt immédiat (et finalement le seul) que l’on peut y trouver réside dans sa valeur de témoignage historique, puisqu’il présente pour la première fois en CD la Symphonie n°2 « Le Chant de la Terre » de , et que les œuvres sont ici dirigées par le compositeur lui-même. Cet aspect est renforcé par la notice, précise et complète, rédigée par Guy Wagner, biographe de Theodorákis.

Composée en 1954-1955, la Suite n°1 pour piano et orchestre fascine d’emblée par sa vigueur rythmique, parfois à la limite de la sauvagerie. Les cuivres et percussions martèlent de petites cellules mélodico-rythmiques, renforcées par un piano très incisif. Ces séquences alternent avec des passages plus mélancoliques, avec de forts contrastes de dynamique et de timbres, mais dont la rythmique interne (donnée essentiellement par le piano et le tambourin) ne disparaît jamais totalement. Œuvre grandiose, où les effets d’orchestre se succèdent sans interruption, elle peut tour à tour emporter dans un tourbillon de sensations ou oppresser … on attend le moment où l’on pourra respirer, profiter d’une mélodie plus légère et subtile … il ne vient jamais. Tout cela donne cependant à cette Suite n°1 une saveur particulière.

Le Concerto pour piano et orchestre fut composé peu de temps après. Nous voilà plongés dans un univers parfois post-romantique, ou qui fait parfois penser à s’y méprendre au Stravinsky de Petrouchka (en particulier le troisième mouvement). Rien de bien fascinant dans cette œuvre, et les effets de musique de film finissent par lasser, masquant finalement les quelques passages réellement inspirés.

Quant à la Symphonie n°2, élément clé de cet enregistrement, elle a des allures d’imposture : un compositeur qui, 73 ans après Mahler, intitule une œuvre pour orchestre et voix « Le Chant de la Terre », a de quoi laisser perplexe. Hommage ? Ce n’est en tout cas pas annoncé comme tel : Guy Wagner précise que « c’est la Terre qui chante son ultime chant, alors que chez le même titre veut dire « Chant sur la terre ». » Admettons. Mais cette œuvre possède un autre arrière-goût étrange : il s’agit de la fusion de la Suite n°1 pour piano et orchestre et de la musique du ballet « Antigone ». Sur un plan purement éthique et intellectuel, cette démarche ne convainc pas … et musicalement il en est de même : désagréable impression de déjà « vu », le tout au service d’effets qui, s’ils surprennent et fascinent au premier abord, deviennent vite lassants par leur aspect systématique.