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Porgy and Bess au Menuhin Festival de Gstaad 2007

Une salle comble pour accueillir l’un des aspects jazzy des très sérieux concerts du Festival Menuhin. Œuvre populaire s’il en est, la Rhapsody in Blue ouvre les feux avec son inimitable lamentation de clarinette suivie d’une intervention de la trompette bouchée, conception souvent caricaturale que le compositeur américain se faisait de l’esprit du jazz de la Nouvelle-Orléans. Qu’importe, l’œuvre est passée à la postérité et aujourd’hui, il n’est guère que les vieux amateurs de «jazz-hot» pour contester la valeur d’authenticité de la musique de Gershwin. Seulement voilà ! Ce que la partition montre avec ses petits points noirs montés sur des lignes horizontales n’est que la suite des notes. Si les tempos et quelques indications de crescendo et de diminuendo y sont écrits, ils ne suffisent pas à donner l’intention profonde du compositeur, ni le souffle qui surgit de cette musique. Sans une «éducation» à la musique noire américaine, il est malaisé d’en transmettre l’essence.

Rien à reprocher à la technique pianistique d’. Elle est brillantissime. Mais peut-être aurait-il été plus «juste» s’il avait eu l’idée de s’inspirer quelque peu des phrasés qu’avaient les Fats Waller, et autres gloires du piano jazz des années trente. Au lieu de cela, il nous gratifie d’un fouillis technique de notes sans grand rapport avec la musique de jazz. À son corps défendant, il faut admettre que la direction de ne campe guère dans la subtilité. Confondant swing et bruit, le chef (pourtant) américain tire constamment l’orchestre dans des excès sonores de fort mauvais goût forçant le Kammer Orchester Basel à ce qu’il peut exprimer de pire. Les cuivres donnent tant de volume sonore qu’on se demande pourquoi avoir convoqué des cordes à cette partition ! a beau se dandiner comme un diable devant la formation bâloise, jamais il ne parvient à en tirer un semblant de swing ou de pulsion jazzistique.

Beau moment de répit quand la scène vient à être occupée par les Gauteng-Choristers, un ensemble choral noir sud-africain. Quarante choristes également distribués entre hommes et femmes s’emparent de l’espace musical dans une série de chants sud-africains, dont les lancinantes mélodies admirablement déroulées emportent l’auditoire dans un monde irréel et lointain.

Suite à la prestation discutable de la Rhapsody in Blue, on ne pouvait s’attendre à un miraculeux Porgy ans Bess. En effet, le miracle n’est pas au rendez-vous. Du moins du côté de l’orchestre, toujours aussi tonitruant. Bien difficile dans ces conditions d’apprécier les deux protagonistes. Pourtant la soprano Gweneth-Ann Jeffers (Bess) gratifie l’auditoire d’un très honnête Summertime alors que la voix caverneuse et timbrée de la basse (Porgy) surprend par l’autorité qu’elle impose. Le Kammer Orchester Basel, dont on peut dire qu’il sait jouer fort, continue d’aplanir les mélodies de Gershwin derrière son monumental tapage instrumental. Il faut attendre les reprises en bis de deux airs pour que la fatigue, ayant probablement eu raison de l’énergie dévastatrice de l’orchestre, laisse entendre le duo « Bess, You Is My Woman Now » magistralement chanté, tout comme l’air final « Oh Lawd, I’m On My Way » où le chœur Gauteng-Choristers y démontre l’excellence de sa préparation et la classe naturelle de ses beaux chanteurs.

Crédit photographique : Gweneth-Ann Jeffers & © Menuhin Festival

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