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Rêveries orientales …

Taksim à Royaumont

En quelques instants, le charme oriental eut raison de nous, la journée s’ouvrant sur la musique liturgique syriaque. Ce fut une évasion à travers le temps et l’Histoire : avec le lieu déjà : Royaumont, ainsi qu’avec les premiers chants des chrétiens d’Orient en araméen et en arabe, emplis de mysticisme. On ne peut que féliciter le très beau geste du Père Elie Kesrouani d’avoir invité la « voix d’or » de l’Orient, Karima Skalli, reconnue pour ses « cantillations » coraniques et l’on regrette aussi le peu de personnes présentes. Soufisme, premier christianisme, beauté et intensité des voix et du lieu… le sort était jeté !

Les concerts se suivent et ne se ressemblent pas. Le temps de poursuivre notre aventure jusque dans une autre salle en contemplant l’abbaye et nous découvrions la musique populaire libanaise. Malgré les légers problèmes de réverbération, Abir Nehme réussît à nous faire tout oublier grâce à l’émotion si communicative de ces chants d’amour et de souffrance.

Le parcours se poursuit avec les « wasla » vocales et surtout instrumentales de l’Ensemble de Musique Classique Arabe, dont Nidaa Abou Mrad est l’initiateur. A l’image des concerts précédents, Royaumont peut s’enorgueillir d’avoir ainsi réuni les grands noms de la musique arabe. Nidaa Abou Mrad réussît à transcender l’idiome occidental que nous nous faisons du violon grâce à ses improvisations savamment structurées, laissant tout l’esprit oriental s’en échapper.

La journée s’achevait sur la création de  : Mezwej. Ce jeune compositeur n’a décidément pas fini de faire parler de lui. Seule la première partie de ce concert-tryptique amenait quelque lassitude. Mais à l’ensemble Mezwej, venaient alors s’ajouter tous les solistes de cette journée. A la croisée d’un Ohana, Messiaen ou un Scelsi, on assiste à l’élaboration d’un style propre, fusionnant des origines libanaises à la création contemporaine occidentale. Enraciné dans sa culture orientale et porté par la modernité européenne, fait revivre la tradition grâce aux moyens d’aujourd’hui. C’est tout simplement une réussite. L’osmose entre les interprètes (qui n’avaient pas l’habitude de jouer ensemble), était tout aussi remarquable. Peut-être étaient-ils, eux aussi, sous l’emprise de la magie qui semblait régner sur Royaumont ce jour-là… ?

Crédit photographique : Abbaye de Royaumont. DR