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Émouvante et grandiose ouverture pour Toulouse Les Orgues 2007

Le magnifique instrument de la basilique Saint-Sernin, œuvre du célèbre facteur d’orgue Cavaillé-Coll, a été mis à l’honneur pour ouvrir le XIIe Festival International Toulouse les Orgues. Toutes les qualités de cet orgue fascinant ont ainsi été mises en valeur. Le répertoire de l’école d’orgue française des années 30 est trop peu connu. Ce concert admirablement composé, lui était consacré et nous a convaincu de la variété d’inspiration qui s’y peut trouver.

Émouvant rappel : la première audition des Angélus de a eu lieu à Saint-Sernin en 1932. Les qualités de finesse et de délicatesse de l’orgue sont particulièrement mises en valeur par le compositeur. Après un subtil Clair de Lune, avec tact et sensibilité, a dialogué avec la voix immatérielle d’ dans Les Angélus. On n’imagine pas facilement qu’un accord si précis puisse exister entre les musiciens et le public dans un lieu aussi vaste que la Basilique Saint-Sernin. Et pourtant la voix légère et d’agréable fraîcheur de la soprano flottait au-dessus d’un tapis harmonique particulièrement subtil. Bien que située dans la tribune à côté de l’organiste, donc très loin du public, grâce à une diction précise, la jeune femme a offert une lisibilité des textes très étonnante. Ensuite, la Fantaisie pour orgue de , grâce à un jeu d’écho très intéressant, a permis à l’imposant instrument de donner d’avantage de voix.

Les 3 prières pour chant et orgue renouaient avec un recueillement délicat. Sans emphase, avec simplicité, et une grande ferveur, la voix fragile de la soprano s’est élevée avec grâce dans un beau dialogue avec un orgue apaisé. Les Litanies de révèlent la personnalité brillante et exigeante de leur auteur. La mécanique de l’orgue est utilisée avec art en une démonstration brillante des possibilités de l’instrument. Les motets en forme de prières sont l’œuvre d’un musicien poète, sortes de bijoux délicats et solides à la fois. Le style vocal ne se réfère à rien de connu. Sans véritable lyrisme, sans aucun effet, mais avec de subtiles nuances et un appui constant sur le texte, donne un cachet particulier à ces œuvres inclassables. Elle révèle une étonnante maturité artistique, contrastant avec une certaine verdeur de la voix. Ce mélange de fragilité et de force est entièrement mis au service de l’interprétation. Il faut dire à nouveau combien l’entente et l’écoute entre l’organiste et la soprano se rapprochent de la musique de chambre.

Pour terminer le concert en apothéose, rien ne peut mieux convenir que la 5e Symphonie pour orgue de Widor. Avec maestria , qui connaît bien l’instrument, en retire les effets symphoniques les plus étonnants. De la délicatesse de flûtes douces à l’impétuosité d’une fanfare de cuivres toutes les gammes de nuances, de couleurs et de textures du son envahissent tour à tour la nef. Cette symphonie se termine sur la célébrissime Toccata dont la fureur semble déplacer les piliers par la force du son.

Il faut préciser qu’un grand écran permettait au public de suivre les musiciens et que dans cette Toccata finale, la virtuosité de Michel Bouvard maîtrisant les trois claviers et son jeu de pédales, aidé par deux acolytes pour la registration manuelle, offrait un spectacle fascinant. Le public, conquis, a abondamment applaudi les artistes. Souhaitons leur le même succès à Lisbonne avec ce même programme dans quelques jours.

Crédit photographique : Festival « Toulouse, les Orgues »