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Les premiers enregistrements Polydor de Furtwängler

La belle présentation de ce splendide coffret SWF associe quelques photos de à ce véritable anachronisme technique que représente le curieux montage photographique d’un microsillon à pas variable affublé d’une étiquette Polydor 78 tours ! Il est vrai cependant que si la carrière de Furtwängler fut essentiellement centrée sur l’époque du 78 tours, l’immense chef a connu non seulement les débuts de la bande magnétique, mais aussi les balbutiements du 33 tours.

Pour l’heure, la Société nous propose en 3 CDs un compendium de gravures légendaires Polydor (label associé à la Deutsche Grammophon) datant de 1929 à 1937, dans des pages relativement courtes qui convenaient parfaitement à la mise en disque de l’époque, mais qui durent frustrer quelque peu un Furtwängler affectionnant tout particulièrement les œuvres aux vastes proportions architecturales : de celles-ci, seule la Symphonie n°5 de Beethoven fut gravée par Polydor en 1929, et elle n’est donc pas reprise ici, pas plus d’ailleurs que la version 1929 de l’Entracte n°3 de Rosamonde de Schubert, que Furtwängler réenregistrera l’année suivante, ni celle de 1926 de l’Ouverture du Freischütz de Weber que le maître regravera en 1935 sans doute pour des raisons techniques. Par contre, il est étonnant que l’on n’y retrouve pas la seule version existante (1929) de la Danse Hongroise n°3 de Brahms.

Quoi qu’il en soit, Furtwängler était alors à l’apogée de la maîtrise de son art, et la fougue associée à la précision nerveuse qu’il déploie dans ce répertoire populaire en étonneront plus d’un, notamment ceux familiers de ses enregistrements d’après-guerre. Une bonne partie du répertoire qui nous est proposé ici est à caractère relativement léger, notamment lorsque l’esprit de la danse est prépondérant, et on appréciera ce qu’un chef de la trempe de Furtwängler peut en accomplir : il suffit d’écouter la Danse Slave n°3 de Dvořák pour se demander si l’on n’est pas en présence d’un cousin du grand Václav Talich qui, au demeurant, a souvent été qualifié de Furtwängler tchèque !

Par ailleurs, face à des Bach rigoureux, des Mozart exquisément aériens, des Schubert d’une infinie tendresse, des Mendelssohn olympiens et un dont la comparaison avec la gravure du compositeur en personne – à la même époque, également pour Polydor – ne fait en rien pâlir celle de notre chef, l’audition des pages wagnériennes nous montre un Furtwängler particulièrement noble et sombre, et ceux qui douteraient encore de la qualité sonore des 78 tours des années 30 constateront de manière édifiante que rarement les petites flûtes ont percé aussi clairement les tutti orchestraux dans La Marche Funèbre de Siegfried du Crépuscule des Dieux, dont Furtwängler nous offre ici très probablement la version la plus poignante.

Auprès des Beethoven, Brahms et Bruckner, la Société Wilhelm Furtwängler nous fait prendre conscience, grâce à des transferts qui sont la perfection même, de l’importance de ces premiers jaillissements, aurore de l’immortalité artistique du grand chef allemand.

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