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L’effet de Serge de Philippe Quesne : Effets spéciaux

Depuis son premier spectacle « La démangeaison des ailes » en 2004, propose un travail qui emprunte à la fois au théâtre, aux arts plastiques et à la danse. Dans ce nouvel opus intitulé L’effet de Serge, il tisse un lien avec la pièce précédente, D’après nature, en plantant son décor minimaliste à l’occasion d’un long prologue. , l’interprète quasi exclusif de ce solo qui n’en est pas un, apparaît en cosmonaute en franchissant une baie vitrée – ce costume insolite est en effet celui qu’il revêtait à la fin du spectacle précédent. Il s’en défait, pour rentrer aussitôt dans la vie de Serge, jeune banlieusard, adepte du bricolage en tout genre. Le décor, un rez-de-jardin d’un immeuble moderne dans un quartier pavillonnaire, frappe à la fois par sa banalité et par son hyperréalisme, tel qu’on pourrait le voir sur un plateau de cinéma. L’argument, de prime abord, semble plutôt maigre. Un dimanche de novembre, en début de soirée, Serge, jeune homme au physique d’ingénieur ou d’informaticien, s’apprête à recevoir ses amis pour des spectacles d’une à trois minutes. En attendant l’arrivée du premier invité, il regarde un film en V. O. et se commande par téléphone une pizza. On assiste alors à la « non-vie » de Serge, ouvrant un paquet de chips et sirotant un verre de vin. Quand les invités arrivent, le même rituel se reproduit immuablement : il les débarrasse de leur manteau, leur propose un verre de vin et les fait asseoir. Le spectacle en chambre peut alors démarrer, modeste et dérisoire, intitulé tour à tour « Effet roulant avec musique de Haendel », « Effet lumineux sur une musique de Wagner » ou « Effet laser sur une musique de John Cage ». A peine le spectacle fini, Serge rallume les lumières et reconduit son spectateur à la porte ou à la baie vitrée par laquelle il est entré. Ce jeune homme, auquel il manque pour que la panoplie soit complète un ordinateur, ne mentionne ni son métier, ni sa vie amoureuse ou sexuelle. Seuls comptent apparemment les gadgets télécommandés qu’il accumule pour ses spectacles faits maison. Sa vie sociale se résume-t-elle à ces simulacres de soirées auxquelles il invite des connaissances – qu’il congédie à peine leur verre bu ? Hilarante, à la fois distanciée (en vertu du décor) et proche de nous (c’est une forme de vie quotidienne), cette vision du passe-temps d’un être humain est profondément déprimante.

Crédit Photographie : © Martin Argyroglo