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La mariée était en noir

Après une ouverture de saison intégralement dédiée à Monteverdi avec la reprise du triptyque lyrique dans une mise en scène de Pierre Audi et avec à la baguette, le Nederlandse Opera d’Amsterdam offre à ses fidèles spectateurs une nouvelle production de Lucia di Lammermor. Bien que composée de noms peu connus du grand public international, cette affiche s’est avérée particulièrement pertinente ; composant l’un des spectacles les plus intelligents de l’année.

Faisant essentiellement carrière au sein des compagnies néerlandaises Opera Zuid et National Reiseopera, Monique Wagemakers avait déjà œuvré à une excellente production de Rigoletto pour l’opéra national batave (1996, reprise en 2004). Ce nouveau spectacle est encore plus accompli au niveau dramaturgique. Dans un décor unique et stylisé de vaste salle de palais, Wagemakers parvient à diriger ses personnages et à creuser leurs caractères avec un grand talent. Avec sa succession, de longues scènes assez statiques, Lucia di Lammermor peut vite virer au très ennuyeux, mais la direction, virtuose, maintient la tension alors que les liens entre les personnages sont approfondis à l’extrême, à l’image d’un Raimondo Bidebent qui abandonne ses habits falots pour devenir un véritable diable malsain. Les costumes très esthétiques et le jeu des lumières font de l’action scénique un bonheur visuel.

Musicalement, on se régale. Dans la fosse, , ne se limite pas, comme souvent dans ces œuvres à battre la mesure et à faire du bruit. Il fait de l’orchestre un acteur de l’action, caressant et suggérant le drame. Le travail sur les nuances est magnifique et jamais son orchestre ne vire au déchaînement de décibels ; cette vision respire l’intelligence et le naturel.

De l’excellente distribution, il faut retenir la prestation du jeune Ismael Jordi : le timbre est limpide, la voix rayonnante et le vécu du personnage parfait. Mariola Cantarero est au même niveau que son amant. La caractérisation est idéale et la scène de la folie s’approche de la perfection. Au même rang, on range un que l’on n’a jamais entendu aussi pertinent. se tire bien de son rôle, mais sa prestation à l’acte I est un peu engorgée. Le reste des chanteurs s’acquitte avec probité de sa tâche tout comme le chœur du Nederlandse Opera, bien préparé par .

Ce spectacle reste à l’affiche du Muziektheater jusqu’au 30 novembre, les Amstellodamois et les touristes de passage se doivent d’assister à ce spectacle, certes très sobre par rapport au décapage de certaines relectures, mais si convainquant. Et en plus, dans la fosse, il y a, pour une fois, un vrai chef au bras assuré et pas un plombeur de soirée opératique.

Crédit photographique : © Marco Borggreve

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