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La transcription à l’orgue des succès du gambiste Marin Marais

Depuis une trentaine d’années maintenant, nous a habitué à la transcription à l’orgue du répertoire baroque français au travers d’éditions musicales régulièrement concrétisées par des enregistrements sur des orgues « dans le style ». Son premier, consacré à Rameau à l’orgue de la cathédrale d’Albi fût au début des années 80 une révélation. Cette pratique de la transcription remonte à l’époque baroque où les exemples demeurent nombreux : cela permettait d’entendre toute une musique synthétisée aussitôt sur l’instrument qui les résumait tous, pour en faire une œuvre nouvelle.

C’est cet exemple que suit , sur les conseils de Marais lui-même (préface de son IIe livre), et qui a pour effet d’augmenter par la même occasion le répertoire de l’orgue français, justifié ici pour exciter la curiosité d’un nouvel enregistrement. , gambiste royal, et célèbre à nous depuis le film Tous les matins du monde, n’a pas fini de nous étonner et de nous émouvoir, même au travers de cette approche originale.

Tiré de l’opéra Alcyone, et du IIe livre des pièces pour viole, le répertoire s’adapte comme par magie à l’orgue, les formes étant si proches des livres d’orgue contemporains. Les déclamations deviennent des tierces en taille, les gambades de la viole des basses de trompette, les ouvertures de somptueux grand-jeux. Il est vrai que la palette sonore proposée par l’orgue de Caudebec-en-Caux rajoute du relief à la fête. Construit à la renaissance par Josseline, dont il reste encore le grand buffet de seize pieds, l’orgue sera agrandi au XVIIe siècle par les frères Lefebvre (ajout du positif de dos). Après quelques interventions malheureuses, c’est finalement Barthélemy Formentelli, qui va restaurer ce chef-d’œuvre de mains de maître en 2005, suivant les purs principes de la facture ancienne.

Le son est somptueux, profond, chaleureux, sans aucune dureté, que sert une prise de son de tout premier plan, fidèle à l’écoute en direct, respectant l’acoustique de cette belle église gothique flamboyant. On est ébloui par la puissance des anches, mais aussi par l’intensité des fonds et de leurs basses, et quelques jeux de détail comme cette musette du clavier d’écho qui fait merveille dans la sarabande La désolée.

Le jeu de Jean-Paul Lécot est précis, aéré, vigoureux, toujours au service de la phrase (ah ! cette fameuse rhétorique baroque), et une agogique qui nous réjouit. Pour son entrée au disque, le nouvel orgue de Caudebec nous comble, fait sensation. D’autres Cds suivront, celui-ci est une pure réussite !

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