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Sor, Dyens et Tessera

Dans la foulée de la publication de son disque consacré à des arrangements pour guitare et quatuor d’œuvres pour guitare seule de Fernando Sor et Mauro Giuliani, venait en assurer la création parisienne à l’Archipel. Improvisateur, arrangeur et compositeur, il donne à entendre les trois facettes de son talent dans ses concerts.

Tout a commencé par une improvisation, belle rêverie où le spectateur suit l’inspiration de l’interprète-créateur, sans savoir précisément où il va, comme dans la vie. Les pièces suivantes, sont en revanche des compositions écrites qui gagnent en clarté et en science ce qu’elles perdent en liberté. La Valse des anges, composée dans une loge avant un concert à Los Angeles, est inspirée des rythmes et des couleurs de la musique latine, tandis que Songe Capricorne dont le titre a été choisi pour le seul alliage poétique de ses sonorités, ou Alphonsine, sont plus secrètes.

Anyway, moment fort de la première partie du concert, est la création française d’une pièce commandée par le Concours International GFA (Guitar Foundation of America) pour son édition 2007, et que Roland Dyens ne pouvait interpréter publiquement tant que les épreuves ne s’étaient pas déroulées, afin de ne pas influencer les candidats. Son titre traduit autant l’incapacité assumée de son auteur à trouver un titre satisfaisant, et qui de guerre lasse y renonce, (« anyway !» c’est-à-dire « n’importe ! »), que le processus de création, où le musicien s’est retrouvé face à un choix à faire dans la composition de l’œuvre. Ne parvenant à choisir entre deux possibilités, il ouvre dans l’œuvre un espace d’improvisation, afin de laisser à l’interprète le choix du chemin qu’il préfère (« any way », « n’importe quel chemin »). Très technique mais pas sèche, la pièce dépasse le cadre d’un exercice pour concours et rejoint en inspiration les autres œuvres du compositeur.

Le cœur du concert était la création des arrangements réalisés par Roland Dyens des Etudes de Sor. L’impression est similaire à celle laissée par le disque chez Atma (lire notre chronique), les arrangements les plus réussi sont ceux où le quatuor se fait le plus discret. Et c’est finalement l’interprétation du Grand solo, l’œuvre parfaite, « la plus sorienne » des œuvres de ce compositeur dira Dyens, qui distillera le plus de plaisir. Est-ce l’effet de la tension sur les très jeunes femmes qui forment le Quatuor Tessera sous le regard exigeant du Maître, est-ce la qualité musicale même des œuvres, toujours est-il que les quartettistes se montrèrent plus libres et inspirées dans Djembé, œuvre composée pour les 20 ans du fils du compositeur (lui-même musicien) et que l’on entendit dans sa version originale pour guitare seule et dans une version arrangée pour guitare et quatuor. Autre réussite, Travelling sonata, entendue dans sa version originale pour guitare et flûte traversière, et dans une version arrangée avec quatuor. Cette œuvre était pour Roland Dyens l’occasion de retrouver sur scène et avec une émotion visible un vieux compagnon de route, Yannick Le Goff.

Un concert « carte blanche » pour célébrer l’amitié, chanter la paternité et encourager la jeunesse.

Crédit photographique : © Roland Dyens

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