- ResMusica - https://www.resmusica.com -

Le chevalier hyperactif et le compositeur

Le Chevalier de Saint-Georges a connu une destinée hors du commun. Né le jour de Noël 1739 en Guadeloupe, ce métis échappe à l’esclavage, gagne Paris en 1749 et s’y fait apprécier par la haute société comme musicien (il devient violoniste dans l’Orchestre de Gossec au Concert des Amateurs en 1769) mais encore comme sportif et don Juan ! De plus, il dirige plusieurs orchestres (1773), attire le public, séduit Marie-Antoinette qui songe pour lui au poste de directeur de l’Académie royale de musique. C’en est trop pour beaucoup.

Une opposition raciste et virulente se constitue et le projet échoue. Touché, Saint Georges se rapproche intimement des idées humanistes du temps, apparaît au sein des réunions philosophiques ainsi qu’à celles de la Société des amis des Noirs ; il devient franc-maçon (le premier à peau noire), s’engage les armes à la main en faveur de la Révolution française (qui avait accordé le droit de vote aux anciens esclaves). C’est encore Saint-Georges qui sert d’intermédiaire entre le Concert de la Loge Olympique et Joseph Haydn pour la commande de six symphonies qui seront affublées du qualificatif de « parisiennes ». Il réside à Londres (1785-1787), retourne en France comme capitaine de la garde nationale à Lille, séjourne à Saint-Domingue et revient finir les derrières années de son existence (1797-1799) à Paris. La plupart de ses œuvres, des quatuors à cordes, des concertos, des symphonies concertantes, des symphonies… paraissent entre 1772 et 1779.

On a retrouvé les six Quatuors à cordes de l’opus 14 à Vienne où il dirigea les fameuses symphonies parisiennes de Haydn (1784). Sans doute a-t-il rencontré Mozart et noué avec lui une authentique complicité (Mozart qui composait alors ses propres quatuors dédiés à Haydn). Un tel foisonnement étourdissant s’est-il traduit musicalement dans les quatuors en question ? Certes, on y trouve une certaine élégance et un métier indéniable, mais aussi un génie mélodique insuffisant et une rythmique quelque peu pataude et étriquée… surtout comparées aux partitions (même antérieures) de son ami Mozart.

Les musiciens, italiens et français, du Quatuor Antarès, formation créée et basée à Paris depuis 1995, en offrent un éclairage rendant compte de l’essentiel et de leur compréhension profonde de cet opus 14 de 1785.

(Visited 93 times, 1 visits today)