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Edison et l’archéologie sonore en France

Pour nos discophiles – ou plutôt cylindrophiles – intéressés par l’archéologie de la préhistoire sonore, voici l’une des plus remarquables productions du label français Malibran, consacrée au premier volume des Cylindres Edison Français Standard « deux minutes » moulés sur or. Bien sûr il existe quantité de CDs consacrés aux anciens cylindres (dont évidemment, comme cela arrive assez souvent hélas pour les historiques, des « pirates »…), mais l’auteur de cette chronique a réellement été stupéfait et subjugué par l’exceptionnelle qualité des transferts de ces incunables sonores qui étaient eux-mêmes, pour la plupart, extrêmement bien conservés par des collectionneurs leur ayant à l’évidence consacrés tous leurs soins affectueux.

Ces cylindres Edison de la série 17000 étant limités à une durée de deux minutes à deux minutes trente, la plupart des airs proposés ici ont été immanquablement amputés, mais pour des gravures acoustiques verticales, l’excellence de ces enregistrements est telle que l’on entend distinctement la texture des voix, et cela, fait rarissime, jusqu’aux sifflantes dans la prononciation. Cette qualité a permis à Thomas A. Edison, selon son désir, d’utiliser de petites formations plutôt qu’un simple piano, afin de donner l’illusion – nous insistons bien sur ce mot – de la partition orchestrale originale. La merveilleuse reproduction sonore de ces archives est rendue possible grâce au remarquable Archéophone créé en 1998 par Henri Chamoux – voir son site Internet – et seul appareil moderne qui soit capable de lire tous les formats de cylindres phonographiques de cire ou de celluloïd, tels qu’ils furent produits entre 1888 et 1929, ou même plus tard.

Les chanteurs présentés en ces cylindres sont presque aussi nombreux que les compositeurs qu’ils défendent : les sopranos Mesdames Demédy et Mathieu, Cécile Merguillier, Marguerite Revel, Gertrude Sylva ; les mezzo-sopranos Blanche Deschamps-Jehin, Boyer de Lafory ; les ténors Messieurs Gluck et Sardet, Pierre Cornubert, Valentin Jaume,  ; les barytons Messieurs Bartel, Dathané et Ragneau, Henri Albers, Maurice Decléry, Charles Gilibert, Dinh Gilly, Jean Noté, Henri Stamler, Henri Weber ; les basses Fernand Baer, Joachim Cerdan, René Fournets, Jean Vallier. Tous ces noms faisant partie pour la plupart de l’Opéra ou de l’Opéra-comique de Paris ne diront sans doute plus grand-chose au mélomane non spécialisé ; toutefois Henri Albers (1866-1925) et Jean Noté (1858-1922) ont participé à la série des opéras complets sur acoustiques Pathé publié chez Marston, et (1876-1954) fut à la fois ténor célébré internationalement, acteur et metteur en scène ; enfin il est émouvant et presque incroyable d’entendre Blanche Deschamps-Jehin (1857-1923), l’une des premières Dalila de Samson et Dalila (en 1892, sous la direction de Colonne), entonner « Mon Cœur s’ouvre à ta Voix »…

Le répertoire de ces gravures suivait évidemment les goûts de l’époque, où en plus des airs d’opéra à la mode, on retrouve notamment des mélodies assez mélo de (1846-1916), (1856-1926) et du baryton Jean-Baptiste Faure (1830-1914), surtout à ne pas confondre – et comparer ! – avec notre cher et génial  : un accent aigu qui fait toute la différence !… Au total, finalement, et en attendant impatiemment le ou les volumes suivants, voici sans aucune hésitation possible un incomparable moment de nostalgie !

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