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Berlin à l’heure russe

Offert au public berlinois en décembre dernier pour les fêtes de fin d’année, ce concert 100% russe du Philharmonique de Berlin arrive déjà dans les bacs des disquaires rivalisant ainsi avec la rapidité de la mise en vente du concert du Nouvel an du Philharmonique de Vienne. Curieuse initiative car l’édition du concert berlinois n’est pas systématique d’autant plus que les disques de et de son orchestre ne manquent pas. Cela étant, en termes de justification, on peut arguer que Rattle n’avait pas encore enregistré les Tableaux d’une exposition que la phalange ne s’était jamais frottée au disque à la Symphonie n°2 de Borodine. Mais sur le fond, cet enregistrement s’avère conforme à nombre des galettes récentes de Rattle : ce n’est pas mauvais, parfois intéressant, mais l’effet global est négatif !

Rattle offre une vision pasteurisée des Tableaux d’une exposition à laquelle il manque le souffle russe si présent, par exemple, dans la récente version de Valery Gergiev de la philharmonie de Vienne (Philips). Le chef ne semble pas avoir tranché pour une optique précise et il oscille entre un excès d’attentions portés aux nuances et une brutalité malvenue. Certains tableaux semblent ici étirés au-delà du raisonnable. L’orchestre est par ailleurs dans un petit jour et à part les dynamiques, on peine à reconnaître la machine de guerre berlinoise. Dans un contexte discographique ultra huppé, on favorisera les versions d’Abbado (DGG) et Karajan (DGG) à la tête du même orchestre.

La symphonie de Borodine est mieux venue. Assez conquérante et lyrique, cette vision pêche aussi par trop de brutalités dans les mouvements extrêmes. Le scherzo est lui très bien mené mais l’adagio s’avère un peu trop sirupeux. L’orchestre mieux concerné offre de belles couleurs essentiellement chez les vents. Cela étant, on restera fidèles aux grandes versions Kleiber (divers éditeurs), Kubelik (EMI), Martinon (Decca) ou Kondrashin (Philips). Les Danses Polovtsiennes sont elles assez ratées avec toujours trop d’effets faciles et un manque d’unité entre les parties.