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Rachid Ouramdane & William Forsythe : Joies et peines

Ballet de l’Opéra de Lyon

Après le Ballet de Marseille à Chaillot et avant le Ballet de Lorraine au Châtelet, une excellente compagnie non parisienne fait escale au Théâtre de la Ville. Dirigée par Yourgos Loukos, son répertoire mixe pièces classiques de la deuxième moitié du XXe siècle et créations contemporaines, commandées à une nouvelle génération de chorégraphes. C’est le cas avec ce programme, qui propose une création récente du chorégraphe français et la reprise d’une des plus célèbres pièces de , crée par le Frankfurt Ballet en 1990.

a décidé d’utiliser la matière des danseurs, leur histoire personnelle – parfois douloureuse – pour esquisser une succession de portraits dansés. A travers des témoignages vidéos, ou des citations projetées en fond de scène, se dessine en creux le destin de petits garçons ou de petites filles qui se sont, un jour, consacrés à la danse. Une sud-africaine blanche, un «artiste du peuple» soviétique, un brésilien qui avait la télévision en noir et blanc, un polonais en pleine tourmente Solidarnosc, une française amoureuse d’Orson Welles, un cubain qui rêvait de faire la guerre en Angola comme Che Guevara ou un chinois muet.

Dans une très belle scénographie lumineuse qui se teinte progressivement de rouge, les danseurs se livrent sans s’offrir. La vie d’un danseur est-elle intéressante ? Non. Le spectateur est là pour le voir danser, pas pour savoir quelle tête il avait quand il était petit. Dans le même genre, celui du portrait chorégraphique, avait fait mille fois mieux à l’Opéra de Paris avec la danseuse dans la pièce éponyme. Tout au plus ce kaléidoscope pluriethnique et culturel, distillé dans une pièce bancale et trop légère, témoigne-t-elle du cosmopolitisme des compagnies chorégraphiques aujourd’hui.

Quel plaisir, en revanche, de revoir « Ennemy in the Figure » de à Paris, après l’avoir découvert éblouie en 1990 sur la scène du théâtre d’en face, au Châtelet. Autour d’un paravent de bois ondulé et d’un unique et puissant projecteur à roulettes, les danseurs du se sont approprié cette pièce charnière dans l’œuvre du chorégraphe. Celui-ci avait en effet décidé de la leur confier à son départ du Frankfurt Ballet en 2004. Ses fulgurances, sa manière de découper l’espace, font de William Forsythe un maître incontesté de la déconstruction chorégraphique. La compagnie lyonnaise a réussi à distribuer la pièce avec des danseurs étrangement similaires à ceux de la création : une petite blonde menue aux cheveux courts, un époustouflant danseur noir de deux mètres de haut, tournoyant dans cet étonnant costume de franges noires, une grande ballerine en maillot blanc ou un petit brun nerveux. Les images de la création reviennent par bouffées et l’on applaudit longtemps à la maîtrise de cette pièce, inégalée depuis.

Crédit photographique : © DR