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Jean-Baptiste Lully, le Florentin qui inventa l’opéra français

Fabuleux destin que celui de Giovanni Battista Lulli (1632-1687) qui, né à Florence d’un père meunier, rencontrera en France, avec l’amitié de Louis XIV, la gloire, les privilèges et une place de choix dans l’Histoire de la musique française. Vincent Borel suit de façon chronologique le cours de la vie du surintendant de la Musique du roi, tout en marquant des pauses afin de dresser, en quelques mots, de brefs portraits des personnages que Lully croise. L’auteur ne s’embarrasse pas de courbettes : le style est direct, le vocabulaire parfois contemporain voire familier, le discours passionné et toujours passionnant. Voilà un essai amoureux qui, confrontant ceux qu’il nomme « les deux Baptiste », cherche à rétablir la réputation d’un Lully conspué par les admirateurs de Molière.

On lit comme un roman cet ouvrage concis et qui va à l’essentiel, avec lequel Vincent Borel livre une parfaite introduction tant à la vie qu’à l’art de . L’auteur montre comment Lully a inventé l’opéra français (le modèle de sa tragédie lyrique demeurera quasiment inchangé jusqu’à Rameau), mais étend aussi son propos à une réflexion esthétique plus large, sur la spécificité de la musique française (importance de la danse dans l’opéra, importance de l’amour dans le livret, abandon de la stricte distinction italienne récitatif/airs virtuoses au profit d’une plus grande unité des scènes et d’un chant clair et fluide, etc. ), et évoque l’influence de l’évolution des mœurs sur l’Histoire des Arts (mécénat du jeune Louis XIV, succès puis défaveur du ballet de cour, austérité de la Cour sous l’influence Mme de Maintenon, etc. ). La thèse qui sert de fil conducteur en est la rencontre artistique unique qui se produit entre le « fils de meunier florentin » fraîchement débarqué à Paris pour y trouver la gloire et son cadet de six années, le jeune Roi-Soleil. Le destin du musicien épouse celui de son protecteur, comme en témoigne la même métaphore solaire dans laquelle l’auteur réunit les deux hommes. A Roi-Soleil, musicien soleil qui s’éteint lorsqu’il perd la protection royale. En témoignent les titres des chapitres : « Levers de Soleils », « le Zénith » ou encore « l’Eclipse ». Une éclipse, une disparition qui n’est donc que momentanée, car, – et c’est là l’autre intérêt du livre – le romancier et chroniqueur montre avec habileté l’extraordinaire rayonnement européen du modèle lullyste (« L’Héritage »). L’ouvrage s’enrichit d’une chronologie et d’une petite bibliographie mais surtout de précieuses indications discographiques qui font le point sur nos actuelles possibilités d’accès à la découverte du patrimoine lullyste.

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