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Edith Canat de Chizy, les oreilles dans les étoiles

Parler aujourd’hui d’une musique de notre temps n’est pas chose aisée, comme si un certain recul paraissait nécessaire à son appréciation. Et pourtant l’essentiel n’est-il pas d’être tout simplement touché par un discours simple, sensible et humain ?

Ce chant intérieur d’une femme compositeur, nous plonge dans un univers planant, céleste, appuyé par un texte directement lié à la liturgie : Livre d’heures composé en 1984 est rythmé par une journée monacale depuis l’aube avec le chant des matines, le milieu de jour, les vêpres, jusqu’à la nuit avec le dernier office des complies. La couleur du chœur féminin nous plonge dans cette ambiance sacrée des moniales élevées vers un infini palpable par un discours original, inspiré de son maître Maurice Ohana. Le chœur Britten, dirigé par , défend ce cycle magnifiquement, par une multitude de couleurs, d’accents rhétoriques, soutenu par un orchestre en phase harmonique avec les voix. L’acoustique du lieu, tel un prolongement naturel, honore un langage musical passionnant d’idées et de vibrations souvent purement physiques.

Mêmes impressions pour la Messe brève de l’Ascension, composée pour l’inauguration de la nouvelle cathédrale d’Evry, et dont le Cardinal Lustiger avait dit de cette messe qu’elle était « d’une étrange beauté ». Tout est dit, elle nous ouvre les portes vers le rêve et le divin.

Avec Vega, unique pièce d’orgue, composée en l’an 2000, suite à une commande à l’occasion de la reconstruction du grand orgue baroque de la cathédrale d’Auch, Edith Canat de Chizy reste fidèle à cette approche en demi-teinte, utilisant des registrations insolites (mélanges creux composés d’harmoniques aigues), pour mieux exprimer l’impalpable, de cette « étoile phare » de la constellation de la lyre. Cette composition s’éloigne de la technique du clavier, se rapprochant de l’émission de la voix ou des cordes : résultat troublant que Loïc Maillé traduit à merveille sur l’orgue Kern de l’église Saint Pothin à Lyon. Dans le prolongement du programme de ce disque, il nous propose une large improvisation d’un quart d’heure, s’inspirant des textes précédents, mais les revisitant à sa manière, pour nous emmener vers d’autres galaxies, d’autres pistes, d’autres univers. Le langage reste avant-gardiste, à l’écart de toute école, c’est que qui en fait toute son originalité et son attrait. Il se tourne résolument vers le futur, et les grands espaces que l’univers nous propose.

Une nouvelle fois, le label Hortus est courageux, et se place à la fois, par son statut d’éditeur indépendant, et de formidable découvreur de musiques, comme un bienfaiteur des mélomanes.